12/04/2026
Une analyse claire
𝐍𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐬𝐲𝐬𝐭𝐞̀𝐦𝐞 𝐝𝐞 𝐬𝐚𝐧𝐭𝐞́ 𝐞𝐬𝐭 𝐚̀ 𝐮𝐧 𝐦𝐨𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐜𝐡𝐚𝐫𝐧𝐢𝐞̀𝐫𝐞. 𝐂𝐨𝐧𝐭𝐢𝐧𝐮𝐞𝐫 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐚𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐝’𝐡𝐮𝐢, 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐫𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐥𝐞 𝐫𝐢𝐬𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐞 𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐝𝐞́𝐫𝐢𝐯𝐞𝐫 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐝𝐞𝐮𝐱 𝐝𝐢𝐫𝐞𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐚𝐮𝐬𝐬𝐢 𝐩𝐫𝐞́𝐨𝐜𝐜𝐮𝐩𝐚𝐧𝐭𝐞𝐬.
D’un côté, une forme de libéralisation progressive, où l’accès aux soins dépendra de plus en plus des moyens financiers des patients. De l’autre, une dérive inverse, faite de surconsommation et de remboursements généralisés, dictés par des logiques électoralistes, où l’on entretient la maladie plutôt que de la prévenir. Dans les deux cas, ce sont les plus fragiles qui paieront la facture.
Le débat public se trompe de cible. On pointe régulièrement le coût des traitements innovants, ceux qui concernent le cancer, les maladies rares ou encore les maladies auto-immunes. Oui, ces traitements sont chers. Mais ils concernent une minorité de patients, souvent dans des situations vitales. Et surtout, ils représentent ce que la médecine fait de mieux : sauver, prolonger, améliorer la vie.
La réalité budgétaire est ailleurs. Elle se trouve dans les maladies de masse : diabète, maladies cardiovasculaires, troubles digestifs chroniques, troubles anxieux et dépressifs. Ces pathologies concernent près d’un citoyen sur deux. Elles sont à l’origine d’un volume considérable de consultations, d’examens, de prescriptions et d’hospitalisations. Et elles sont, dans une large mesure, liées à notre mode de vie.
Les données scientifiques internationales sont sans appel. L’alimentation, l’obésité et la sédentarité expliquent à elles seules une part majeure du fardeau des maladies chroniques. Le tabac et l’alcool contribuent également, mais n’expliquent pas à eux seuls les différences observées entre pays comparables. Autrement dit, notre système de santé ne traite pas seulement des maladies : il traite les conséquences de nos habitudes quotidiennes.
Cette réalité se traduit dans la pratique médicale. Nous prescrivons trop. Trop d’IPP pour compenser une alimentation déséquilibrée. Trop de statines pour corriger les effets d’un mode de vie délétère. Trop d’antibiotiques, parfois inutiles. Trop d’anxiolytiques et d’antidépresseurs en réponse à des situations qui relèvent aussi d’un accompagnement humain et psychologique. Cette surprescription n’est pas une faute individuelle. Elle est le symptôme d’un système qui intervient trop t**d, quand la maladie est déjà installée.
À cela s’ajoute un autre angle mort : l’imagerie médicale. IRM, scanners, PET-scan sont devenus des outils incontournables, mais leur utilisation a explosé. Leur coût est aujourd’hui considérable, souvent équivalent à l’ensemble des dépenses consacrées au cancer et aux maladies rares. Là encore, il ne s’agit pas de réduire l’accès, mais de mieux prescrire. De privilégier la pertinence à la systématisation.
La réponse n’est pas de diminuer les dépenses de santé. Elle est de les réorienter. Et cela implique un choix politique clair : investir massivement dans la prévention et dans la santé mentale. Aujourd’hui, le budget consacré à la santé mentale est insuffisant. Il devrait être renforcé, voire doublé. Non pas pour remplacer les autres soins, mais pour éviter que les situations ne se chronicisent, que les patients ne s’enfoncent dans des trajectoires lourdes et coûteuses.
Investir dans la prévention dès l’enfance et l’adolescence, améliorer l’accès aux psychologues, développer des parcours de soins intégrés, c’est réduire à terme la pression sur l’ensemble du système. C’est aussi permettre de dégager des moyens pour ce qui doit rester une priorité : l’accès rapide aux traitements innovants pour les maladies graves, rares et auto-immunes.
Il faut accepter une évidence simple. Pour que notre système reste solidaire, il faut que chacun prenne sa part de responsabilité. Le patient, en adoptant un mode de vie plus sain : mieux manger, bouger davantage. Le médecin, en retrouvant le temps de la consultation, de l’explication, de la décision partagée, et en prescrivant mieux, souvent moins, mais plus justement.
La réussite de notre système repose sur cet équilibre. Si nous continuons à ignorer ces réalités, nous irons soit vers un système de plus en plus inégalitaire, soit vers un système épuisé par le volume, incapable de financer ce qui est essentiel. À l’inverse, si nous faisons le choix du bon sens, de la prévention et de la pertinence, nous pourrons à la fois maîtriser les dépenses et améliorer la qualité des soins.
Le véritable enjeu n’est pas de savoir combien nous dépensons, mais pourquoi nous dépensons. Et surtout, si nous voulons continuer à payer pour les conséquences, ou enfin investir dans les causes.