04/10/2026
Dafroza est née Tutsi au Rwanda au milieu du XXe siècle.
Par conséquent, elle a subi des violences et des discriminations inimaginables au cours de son enfance et de sa jeunesse.
A tel point que sa propre mère, l’a poussée à partir.
Elle a donc quitté sa famille et son pays dans la clandestinité. Elle est passée par la Belgique, puis elle s’est installée en France.
Elle a rencontré un français, elle a fondé une famille.
En 1994, elle a assisté depuis la France, impuissante, à l’extermination des siens. De ceux-là mêmes qui lui avaient enjoint de partir pour la protéger.
Alors ensuite, au nom des siens, mais aussi au nom de tous ceux, femmes, hommes, enfants, bébés, vieillards qui n’avaient plus personne pour les pleurer et leur rendre justice, elle a traqué les génocidaires.
Parce qu’elle ne pouvait pas accepter que le pays qui l’avait accueillie elle, accueille aussi en toute impunité ceux qui ont exterminé des innocents.
Elle a fait face à tous les obstacles. Avec l’aide de son mari et de ses amis, elle les a surmontés tous : les politiques, la raison d’État, les médias, la justice, les avocats, les négationnistes, ceux qui pensent que ça s’est passé loin et que ça ne nous concerne pas nous ici, ceux qui prennent les noirs et les femmes moins ou pas du tout au sérieux. Et puis toujours la tristesse, la tristesse infinie. Elle a connu tous ces obstacles et elle a continué. Elle a puisé sa force dans ceux pour qui elle se battait. Et elle a obtenu des condamnations. Une justice qui sans elle n’aurait pas été rendue.
Si je connais si bien l’histoire de Dafroza, c’est parce que c’est la même que celle de ma propre maman. Et parce que la dernière fois que j’ai vu Dafroza, c’est justement quand elle nous a accompagnés pour lui dire aurevoir, il y a 2 ans.
Je ne sais pas au fond si l’humanité est bonne ou mauvaise.
Mais du bon côté, certaines pèsent vraiment très lourd. Et c’est un sacré privilège de les connaître.
J’espère tellement avoir été à la hauteur pour elles. Je fais le maximum pour l’être et le rester, comme mère, comme personne, comme militante politique.
A la famille de Dafroza: on ne va pas se mentir, c’est un deuil terrible.
Je suis avec vous. Et nous resterons debout, comme elles, pour elles. Ensemble.
Grâce au Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) que cette ingénieure avait fondé avec son époux Alain Gauthier, sept hommes impliqués dans le génocide des Tutsi en 1994 ont été définitivement condamnés par un tribunal français.