06/01/2026
𝗟’𝗮𝗯𝗮𝘁𝘁𝗮𝗴𝗲 𝗿𝗲𝗹𝗶𝗴𝗶𝗲𝘂𝘅 𝗻’𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝗹𝗲 𝗰œ𝘂𝗿 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗾𝘂𝗲𝘀𝘁𝗶𝗼𝗻
Les autrices réagissent à la lettre d’opinion « 𝑃𝑟𝑜𝑑𝑢𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑣𝑖𝑎𝑛𝑑𝑒 ℎ𝑎𝑙𝑎𝑙 𝑒𝑡 𝑐𝑎𝑠ℎ𝑒𝑟 – 𝑀𝑖𝑒𝑢𝑥 𝑡𝑟𝑎𝑖𝑡𝑒́𝑠 𝑚𝑜𝑟𝑡𝑠 𝑞𝑢𝑒 𝑣𝑖𝑣𝑎𝑛𝑡𝑠 ? 𝑉𝑟𝑎𝑖𝑚𝑒𝑛𝑡 ?𝟏 », publiée le 26 mai (dans La Presse).
𝗧𝗲𝘅𝘁𝗲 𝗱'𝗼𝗽𝗶𝗻𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲:
➡️ Daphnée B. Ménard, candidate au doctorat en droit à l’Université d’Ottawa
➡️ Sarah Berger Richardson, professeure agrégée à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa
La lettre d’opinion publiée récemment dans La Presse au sujet de l’abattage sans étourdissement soulève des questions légitimes sur le bien-être animal𝟏. Nous nous réjouissons du fait que la question du bien-être animal dans le contexte d’abattage soit discutée sur la place publique. Nous nous interrogeons toutefois sur l’attention particulière portée à l’abattage religieux – qui ne représente qu’une faible part de la production canadienne.
Soyons claires : l’abattage sans étourdissement est un enjeu réel pour le bien-être animal, et il doit, à ce titre, demeurer strictement encadré et exceptionnel. S’attarder sur cette exception occulte toutefois un élément central : elle découle de contraintes constitutionnelles liées à la liberté de religion, alors que les nombreuses lacunes du système d’élevage industriel ne font l’objet d’aucune contrainte comparable.
𝗢𝗿, 𝗹𝗮 𝗾𝘂𝗲𝘀𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝗹’𝗲́𝘁𝗼𝘂𝗿𝗱𝗶𝘀𝘀𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝘀𝗲𝗺𝗯𝗹𝗲 𝘀𝘂𝗿𝗴𝗶𝗿 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗲 𝗱𝗲́𝗯𝗮𝘁 𝗽𝘂𝗯𝗹𝗶𝗰 𝗷𝘂𝘀𝘁𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗽𝗮𝗿𝗰𝗲 𝗾𝘂’𝗶𝗹 𝘀’𝗮𝗴𝗶𝘁 𝗱𝗲 𝗽𝗿𝗮𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗺𝗶𝗻𝗼𝗿𝗶𝘁𝗲́𝘀 𝗿𝗲𝗹𝗶𝗴𝗶𝗲𝘂𝘀𝗲𝘀.
Ce phénomène n’est pas nouveau et est bien documenté. De nombreux auteurs critiquent avec raison ces campagnes s’insurgeant contre des pratiques perçues comme étrangères ou « barbares » et suscitant une indignation disproportionnée : elles ont pour effet de normaliser les violences animales qui ont cours quotidiennement au sein même de notre système de production.
En effet, en tant que chercheuses spécialisées dans la réglementation de l’agriculture animale, nous avons examiné des centaines de rapports de non-conformité obtenus par accès à l’information auprès de l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Ces documents révèlent de graves manquements aux obligations de bien-être animal dans l’ensemble des abattoirs fédéraux : et saignées ratés, présentant des signes persistants de sensibilité suivant la saignée, animaux morts ou blessés durant le transport, et animaux manipulés avec violence. La souffrance documentée dépasse largement la question de l’abattage sans étourdissement.
La souffrance animale ne commence pas à l’abattage, mais bien dès la naissance. Ainsi, il importe d’examiner le portrait d’ensemble de la production animale au pays – ce que propose justement la campagne de la SPCA de Montréal en s’attardant aux normes à la ferme. Au , les animaux d’élevage sont exclus des lois de dans la mesure où l’on respecte les « règles généralement reconnues ». Pourtant, ces règles permettent encore des pratiques douloureuses, choquantes pour la majorité des citoyens, et dont certaines sont interdites ailleurs : castration et amputation partielle du bec ou de la queue sans anesthésie, cages contraignantes, surpopulation et environnements appauvris.
𝗟’𝗮𝗯𝗮𝘁𝘁𝗮𝗴𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘃𝗲𝗻𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹 𝗶𝗺𝗽𝗹𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗮𝘂𝘀𝘀𝗶 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝘀𝗼𝘂𝗳𝗳𝗿𝗮𝗻𝗰𝗲
Mais même si l’on restreint le regard à l’abattage lui-même, le portrait reste préoccupant. La production porcine – qui domine l’industrie de la viande au – mérite une attention particulière. Les porcs sont absents des débats sur l’ , leur consommation étant interdite aux personnes juives et musulmanes. Un double standard apparaît ainsi dans la manière dont le est mobilisé dans les débats sur l’étourdissement : les porcs sont généralement étourdis par exposition à de fortes concentrations de CO₂ – une méthode dont le caractère « humain » fait pourtant l’objet de vives controverses scientifiques.
𝗗𝗲́𝗷𝗮̀ 𝗲𝗻 𝟮𝟬𝟮𝟬, 𝗹’𝗔𝘂𝘁𝗼𝗿𝗶𝘁𝗲́ 𝗲𝘂𝗿𝗼𝗽𝗲́𝗲𝗻𝗻𝗲 𝗱𝗲 𝘀𝗲́𝗰𝘂𝗿𝗶𝘁𝗲́ 𝗱𝗲𝘀 𝗮𝗹𝗶𝗺𝗲𝗻𝘁𝘀𝟮 𝗰𝗼𝗻𝗰𝗹𝘂𝗮𝗶𝘁 𝗾𝘂𝗲 𝗹’𝗮𝘀𝗽𝗵𝘆𝘅𝗶𝗲 𝗽𝗮𝗿 𝗖𝗢₂ 𝗽𝗿𝗼𝘃𝗼𝗾𝘂𝗲 𝗱𝗼𝘂𝗹𝗲𝘂𝗿, 𝗽𝗲𝘂𝗿 𝗲𝘁 𝗱𝗲́𝘁𝗿𝗲𝘀𝘀𝗲 𝗿𝗲𝘀𝗽𝗶𝗿𝗮𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲, 𝗮𝘂 𝗽𝗼𝗶𝗻𝘁 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗷𝘂𝗴𝗲𝗿 𝗱𝗶𝗳𝗳𝗶𝗰𝗶𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗰𝗼𝗺𝗽𝗮𝘁𝗶𝗯𝗹𝗲 𝗮𝘃𝗲𝗰 𝗹𝗲𝘀 𝗲𝘅𝗶𝗴𝗲𝗻𝗰𝗲𝘀 𝗲𝘂𝗿𝗼𝗽𝗲́𝗲𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗯𝗶𝗲𝗻-𝗲̂𝘁𝗿𝗲 𝗮𝗻𝗶𝗺𝗮𝗹.
Au Royaume-Uni𝟑, les autorités ont reconnu un besoin pressant de s’attaquer à cette pratique et examinent actuellement des mesures pour l’éliminer progressivement. Or, ces conclusions ne suscitent au Canada aucun engagement sérieux ni débat public comparable.
C’est dans ce contexte que la question de l’étiquetage prend tout son relief – et toute sa complexité. Les auteures réclament un étiquetage permettant d’identifier la viande issue d’un respectueux du bien-être animal. Or, l’abattage conventionnel n’offre lui-même aucune garantie en ce sens. Si l’on souhaite vraiment informer les citoyens, il faudrait indiquer la provenance des aliments, les modifications génétiques𝟒, les pratiques d’élevage, de transport et d’étourdissement. Un étiquetage ciblé sur les seules pratiques religieuses donne une fausse impression de choix éclairé, tout en occultant les autres enjeux.
𝗔𝗴𝗶𝗿 𝗹𝗮̀ 𝗼𝘂̀ 𝗰̧𝗮 𝗰𝗼𝗺𝗽𝘁𝗲
Élargir le ne revient pas à minimiser la , mais à situer cette pratique dans le contexte plus large de notre système agroindustriel. En focalisant l’attention sur un aspect particulier tout en normalisant le reste, on risque à la fois de limiter concrètement les gains pour les animaux et d’alimenter la stigmatisation de minorités dans un espace public déjà profondément polarisé.
Nos disposent des leviers nécessaires : mieux encadrer les conditions de vie des animaux à la ferme, faire appliquer rigoureusement les règlements existants sur le transport et l’abattage, et investir dans des pratiques plus respectueuses, toutes méthodes confondues. Ce n’est qu’en reconnaissant cette complexité – plutôt qu’en ciblant l’exception – que nous pourrons collectivement réduire l’ensemble de la souffrance animale de manière significative.
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1. Lisez « Production de et – Mieux traités morts que vivants ? Vraiment ? »
2. Lisez « Mesures en réponse aux préoccupations liées au bien-être des porcs à l’abattage »
3. Lisez « Opinion on the welfare impacts on pigs of high concentration CO2 gas stunning and of potential alternative stunning methods » (en anglais)
4. Lisez « Agriculture – L’étiquetage obligatoire de la viande de génétiquement modifiée réclamé »
🐖🐑
Source: La presse, 31 mai 2026

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