28/09/2026
Il y a 32 ans, le 28 septembre 1994, la musique congolaise perdait l’une de ses figures féminines les plus emblématiques : Abeti Masikini. Disparue à seulement 39 ans, la chanteuse, auteure-compositrice, cheffe d’orchestre et productrice a pourtant laissé une empreinte qui continue de traverser les générations.
Surnommée « la Tigresse aux griffes d’or », Abeti s’est imposée dans un univers musical alors largement dominé par les hommes, grâce à une personnalité artistique forte, une voix reconnaissable et une présence scénique remarquable.
UNE ENFANCE MARQUÉE PAR UN DRAME
Née le 9 novembre 1954 à Stanleyville, aujourd’hui Kisangani, sous le nom d’Élisabeth Finant, Abeti grandit dans une famille de huit enfants.
Son père, Jean-Pierre Finant, proche de Patrice Lumumba, devient gouverneur de la Province Orientale après l’indépendance. En 1961, alors qu’Abeti n’a que six ans, il est assassiné à Bakwanga, aujourd’hui Mbuji-Mayi.
Après ce drame familial, Abeti s’installe à Kinshasa avec sa famille. Sa mère, Marie Masikini, chanteuse et responsable d’une chorale religieuse, contribue à son éveil musical. Très tôt, Abeti chante à l’église et apprend également à jouer du piano.
DE SECRÉTAIRE À GRANDE ARTISTE
Après ses études au lycée Sacré-Cœur, aujourd’hui lycée Bosangani, Abeti commence sa vie professionnelle comme secrétaire au cabinet du ministre de la Culture, Pierre Mushete.
En 1971, elle participe au concours « Découverte des jeunes talents », organisé par Gérard Madiata. Elle y est remarquée et rencontre ensuite Gérard Akueson, producteur et manager togolais, qui joue un rôle majeur dans le lancement de sa carrière.
Cette rencontre va changer le cours de sa vie.
À 19 ANS, L’OLYMPIA
La jeune artiste ne t**de pas à franchir les frontières du Congo. Elle se produit dans plusieurs pays africains, notamment au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Togo, au Niger, en Guinée, au Ghana et au Nigeria.
Au Nigeria, elle rencontre notamment Fela Kuti et partage avec lui une expérience en studio.
Le 19 février 1973, alors qu’elle n’a que 19 ans, Abeti monte sur la scène mythique de l’Olympia de Paris, aux côtés de plusieurs artistes de renom. L’année suivante, elle poursuit son aventure internationale avec une prestation au Carnegie Hall de New York.
« LA TIGRESSE AUX GRIFFES D’OR »
Abeti est également affectueusement appelée « Tantine Abeti », mais son surnom le plus célèbre reste celui de « la Tigresse aux griffes d’or ».
Sur scène, elle impressionne par son énergie, ses mouvements, son style et sa capacité à diriger son orchestre. Son influence dépasse même la musique : son image inspire la mode en Afrique de l’Ouest, notamment avec la célèbre « jupe Abeti ».
UNE MUSIQUE SANS FRONTIÈRES
Abeti refuse de se limiter à un seul courant musical. Elle explore la rumba congolaise, le soukous, le folk, le blues et la soul, créant un univers qui lui est propre.
Elle chante notamment en swahili, lingala, français et anglais, ce qui contribue à élargir considérablement son public.
Parmi les chansons associées à son parcours figurent notamment « Mutoto Wangu », « Safari », « Bibile », « Aziza », « Likayabo », « Yamba Yamba », « Kiliki Bamba » et « Mwana Muke Wa Miss ».
LES REDOUTABLES, UN VIVIER DE TALENTS
Avec son orchestre Les Redoutables, Abeti ne construit pas seulement sa propre légende. Elle contribue également à faire émerger et évoluer plusieurs artistes.
Des noms tels que Mbilia Bel, Lokua Kanza, Tshala Muana, Yondo Sister, Abby Surya, Malage De Lugendo ou encore Joëlle Esso sont associés à cet univers musical.
À une époque où les femmes étaient encore peu nombreuses à diriger de grands ensembles musicaux, Abeti s’impose comme une véritable cheffe d’orchestre.
UNE VIE ENTRE MUSIQUE ET FAMILLE
Pendant plus de deux décennies, Abeti partage sa vie avec Gérard Akueson, d’abord son manager puis son compagnon. Leur relation débute au début des années 1970 et se poursuit jusqu’à la disparition de la chanteuse. Ils officialisent leur union à Paris en 1989.
Le couple a quatre enfants : Yolande Masikini, Gérard Badé Akueson, Germaine Masikini, fille adoptive, et Harmony Akueson.
Derrière la grande artiste se trouvait également une mère et une femme attachée à sa famille.
UNE CARRIÈRE INTERNATIONALE
La carrière d’Abeti dépasse largement les frontières africaines.
Elle se produit notamment à l’Olympia de Paris, au Carnegie Hall de New York, à la Wembley Arena de Londres et à l’Apollo Theater de Harlem.
En 1989, elle participe également à une série de 17 galas en Chine.
Son dernier spectacle connu a lieu à Paris en 1992.
LE DÉPART DE LA TIGRESSE
Au cours des dernières années de sa vie, Abeti Masikini est confrontée à un cancer de l’utérus. Malgré la maladie, elle continue autant que possible à poursuivre ses activités artistiques.
Le 28 septembre 1994, à Villejuif, en France, la « Tigresse aux griffes d’or » s’éteint à l’âge de 39 ans.
Son corps est rapatrié à Kinshasa le 9 octobre 1994 et elle est inhumée le lendemain au cimetière de la Gombe.
À titre posthume, elle reçoit une distinction de l’Ordre national du Léopard.
32 ANS APRÈS, SA LÉGENDE DEMEURE
Aujourd’hui, 28 septembre 2026, cela fait exactement 32 ans qu’Abeti Masikini nous a quittés.
Mais trois décennies plus t**d, son nom reste profondément associé à l’histoire de la musique congolaise.
Abeti n’a pas seulement laissé des chansons. Elle a laissé l’exemple d’une femme qui a osé prendre sa place comme chanteuse, auteure-compositrice, cheffe d’orchestre, productrice et artiste internationale.
Sa voix, son style, son audace et son parcours continuent d’alimenter la mémoire collective.
32 ans après sa disparition, Abeti Masikini demeure la « Tigresse aux griffes d’or » : une figure qui a marqué son époque et dont l’héritage continue de vivre.