04/08/2026
🔴⚪️ : DECLARATION POLITIQUE SUR LA CAMPAGNE EN FAVEUR D’UN CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION INITIEE PAR LE MINISTERE DE LA JEUNESSE
———————————————————————————
NON, NOUS REFUSONS !
Philippe Ardant
Le Secrétariat National de la Jeunesse du regroupement politique Leadership
et Gouvernance pour le Développement et Alliés (LGD&A) a appris, à travers une
vidéo devenue virale, le lancement d’une campagne en faveur d’un changement
de la Constitution, menée sous la coordination de Son Excellence Madame laMinistre de la Jeunesse.
À travers cette communication, Son Excellence adopte davantage la posture
d’une militante politique que celle d’une autorité gouvernementale investie d’une
mission institutionnelle. Les arguments développés traduisent, d’une part, une
compréhension approximative des questions constitutionnelles et, d’autre part, une confusion manifeste entre ce qui relève de la Constitution et ce qui incombe aux politiques publiques.
Il convient de rappeler, avec tout le respect dû à sa fonction, que depuis sa
nomination, Son Excellence Madame la Ministre semble éprouver des difficultés
à cerner pleinement les missions dévolues à son ministère. Pourtant, l’ordonnance présidentielle fixant les attributions des ministères constitue un instrument juridique public qui devrait être sa principale boussole dans l’exercice de ses fonctions.
Dans son support audiovisuel, la mise en scène présente des jeunes confrontés
au chômage, aux difficultés d’accès au financement et aux obstacles rencontrés
par les entrepreneurs. Ces préoccupations sont réelles et méritent toute l’attention des pouvoirs publics. Cependant, elles relèvent avant tout de la responsabilité des politiques publiques et non d’une prétendue insuffisance de la Constitution.
Cette vidéo constitue, en réalité, un aveu de l’échec des politiques publiques
menées en matière d’emploi, d’entrepreneuriat et de financement des jeunes.
S’agissant précisément du financement de l’entrepreneuriat, faut-il rappeler à
Son Excellence Madame la Ministre que, sous l’impulsion du Président Félix-
Antoine Tshisekedi Tshilombo, a été créé le Fonds de Garantie de l’Entrepreneuriat au Congo (FOGEC), établissement public ayant pour mission de faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises au financement ?
Si les difficultés persistent aujourd’hui, ce n’est pas la Constitution qu’il
convient de remettre en cause, mais l’efficacité des mécanismes publics mis en place. Un bilan objectif du FOGEC s’impose.
Faut-il également rappeler que ce même gouvernement a lui-même créé des
obstacles supplémentaires pour les jeunes entrepreneurs à travers certaines
mesures administratives et fiscales particulièrement contraignantes, notamment l’arrêté du ministre en charge de l’Économie numérique fixant des droits, taxes et redevances qui avaient suscité une vive contestation nationale avant d’être retiré ?
Concernant la Constitution, Son Excellence Madame la Ministre procède à une lecture inexacte de son article 42, révélant une interprétation éloignée tant de la lettre que de l’esprit de la norme suprême.
Contrairement à ce qui est soutenu, la Constitution de la République
démocratique du Congo ne se limite pas à protéger la jeunesse. Elle la consacre
également comme un acteur à part entière de la vie nationale, en lui reconnaissant les droits, les libertés et les mécanismes de participation qui lui permettent d’être une véritable force de proposition, d’innovation, de décision et de transformation de la société. À cet effet, plusieurs dispositions constitutionnelles en constituent
le fondement, notamment :
• Article 43 : garantit le droit à l’éducation et assure la gratuité de
l’enseignement primaire dansles établissements publics ;
• Article 16 : consacre le caractère sacré de la vie humaine et garantit le droit
à la vie ;
• Article 12 : proclame l’égalité de tous devant la loi et interdit toute forme
de discrimination ;
• Article 13 : interdit toute discrimination fondée notamment sur l’origine, le
sexe, les opinions politiques ou la condition sociale ;
• Article 22 : consacre la liberté de pensée, de conscience et de religion ;
• Article 23 : garantit la liberté d’expression ;
• Article 24 : garantit la liberté d’information ;
• Article 36 : dispose que le travail est un droit et un devoir sacrés pour
chaque Congolais ;
• Article 37 : consacre la liberté d’association ;
• Article 5 : reconnaît au peuple, y compris à la jeunesse, l’exercice de la
souveraineté nationale par le suffrage universel ;
• Article 6 : garantit le pluralisme politique et le droit de participer à la vie politique à travers les partis politiques.
Ces dispositions démontrent clairement que la Constitution reconnaît déjà aux jeunes des droits fondamentaux importants et leur offre le cadre juridique nécessaire pour participer pleinement à la vie de la Nation.
Ce qui fait défaut aujourd’hui n’est pas le texte constitutionnel, mais sa mise en œuvre effective.
La Constitution n’a jamais eu vocation à contenir toutes les aspirations d’un peuple ni à se substituer au programme d’action d’un gouvernement.
Elle constitue le pacte fondamental qui organise l’État, répartit les compétences entre les institutions, protège les droits fondamentaux et garantit les libertés publiques.
Lorsque les politiques publiques échouent, ce n’est pas la Constitution qui est en cause, mais la manière dont les gouvernants exercent les responsabilités que
celle-ci leur confie.
Par ailleurs, Son Excellence affirme avoir consulté les jeunes, lesquels
auraient exprimé leur adhésion au projet de changement de la Constitution. Une telle affirmation mérite d’être étayée. Quand cette consultation a-t-elle eu lieu ?
Selon quelle méthodologie ? Quels jeunes ont été consultés ? Quelles
organisations ont été associées ? Où sont les résultats de cette consultation ?
Dans un État de droit, une telle affirmation ne saurait se suffire à elle-même.
En outre, en tant que chrétienne de foi, Son Excellence Madame la Ministre semble avoir oublié l’un des dix commandements : « Tu ne mentiras pas. »
Si les motifs invoqués dans cette campagne de sensibilisation constituent les véritables raisons avancées pour justifier une révision ou un changement de la Constitution, alors notre position est claire et demeure inchangée :
NON, NOUS REFUSONS !