11/09/2026
Entre 1960 et 1980, la Côte d'Ivoire réalise l'une des croissances économiques les plus fulgurantes jamais réussies par un pays africain.
La postérité appellera cette prouesse >. On t'explique cet essor spectaculaire .
Au lendemain de l'indépendance du pays, plutôt que de miser sur l'industrialisation comme bon nombre de pays africains, le Président Félix Houphouët Boigny fait le choix de l'agriculture. Le café et le cacao, des cultures industrielles héritées du colon, deviennent des piliers stratégiques de notre plan de développement. Sauf que la Côte d'Ivoire n'est encore qu'un pays de 4 millions d'habitants, il faut alors beaucoup plus de main d'oeuvre pour mettre en valeur nos vastes forêts. Il faut en outre des capitaux assez conséquents pour lancer un projet aussi ambitieux.
l'État ivoirien décide donc d'ouvrir ses frontières aux investisseurs internationaux et à la main d'oeuvre bon marché venue principalement du Burkina Faso. Cette politique migratoire fera de la côte d'ivoire le premier pays migratoire de l'Afrique, et on en voit encore les sillons aujourd'hui.
Le choix s'avère d'emblée payant mais avec des inconvénients.
Le projet connaît un succès économique au delà des attentes. Dès la première décennie, la côte d'ivoire enregistre une croissance économique de peu ou prou 7 % par an. Porté par une conjoncture favorable, et le cours des matières élevé, le pays devient le premier producteur mondial du binôme café cacao. Grâce à ce succès, le président entreprend de grands travaux afin de transformer le visage du pays et améliorer le quotidien des ivoiriens. Ce sont entre autres : la construction des barrages hydroélectrique de Buyo, de Taabo, de Kossou, d'Ayamé 2, la construction de l'autoroute Abidjan-Yamoussokro et des centaines de kilomètres de bitume à travers le pays, la construction des CHU de Treichville et Cocody, l'édification de plusieurs gratte-ciels dans la commune du Plateau, notamment la cité administrative et la fameuse immeuble pyramide... Les projets se succèdent à la vitesse d'un TGV. L'ambition d'Houphouët était de faire d'Abidjan, le Manhattan d'Afrique.
En 1983, Yamoussoukro devient la capitale politique du pays et se dote à son tour d'infrastructures dignes de son titre, parmi lesquelles la plus grande basilique du monde
Ce succès a pourtant un revers. Le couvert forestier du pays périclite a la vitesse de la lumière. Certaines sources parlent d'au moins 8 millions d'hectares de forêt vierge détruite. C'est un désastre écologique pour lequel paieront les futures générations.
Dès 1980, les cours du cacao à l'international commencent légèrement à baisser. Houphouët est alors contraint de signer des programmes d'ajustement structurel. La situation reste cependant sous contrôle mais pas pour longtemps. En 1986, le rêve s'effondre par un matin brumeux.
Le miracle jusque là reposait sur un socle assez fragile. Les cours du café et du cacao s'effondrent drastiquement, révélant par la même occasion la dépendance du pays à ces cultures de rente. La croissance s'inverse et le PIB du pays est en chute libre.
La dette du pays vis-à-vis des institutions économiques internationales n'arrange pas la situation, pire, elle agit comme un catalyseur de la crise. Pour rembourser et obtenir d'autres prêts afin de survivre, l'Etat sous la recommandation du FMI et de la Banque Mondial doit comprimer ses dépenses publiques (voir la précédente publication sur le multipartisme).
La côte d'ivoire entre alors dans une crise économique et sociale qui durera jusqu'à la mort de Nanan Boigny en 1993.
Le miracle ivoirien laisse un héritage contrasté.
Il s'agit à la fois d'une prospérité réelle mais bâtie sur un modèle vulnérable. Son effondrement façonnera durablement la trajectoire politique du pays.