02/11/2026
Octobre 1991 : L’instauration de la carte de séjour en Côte d’Ivoire
L’histoire de la carte de séjour en Côte d’Ivoire remonte à la loi du 29 mai 1990. Cette mesure visait à encadrer la présence des ressortissants étrangers sur le territoire national et à leur permettre de vivre en toute légalité dans le pays.
À cette époque, les ressortissants des pays non membres de la CEDEAO devaient s’acquitter d’un montant compris entre 50 000 et 150 000 francs CFA, tandis que ceux issus de l’espace CEDEAO payaient entre 10 000 et 15 000 francs CFA.
C’est en octobre 1991 que débute véritablement la grande opération de délivrance des cartes de séjour. À Abidjan, les 20 commissariats de police sont rapidement pris d’assaut par des milliers de ressortissants étrangers venus régulariser leur situation administrative.
L’engouement est considérable. Six mois seulement après le lancement de l’opération, près de 400 000 cartes de séjour avaient déjà été établies.
À partir d’avril 1992, les autorités renforcent le dispositif en organisant des contrôles sur le terrain. Ces opérations sont menées par les agents de la sous-direction de l’immigration et de l’émigration, avec l’appui des éléments de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS).
La réglementation prévoit alors des sanctions à l’encontre des personnes qui ne se conforment pas à la loi. Les contrevenants s’exposent notamment à une peine d’un mois d’emprisonnement ferme, voire à une expulsion du territoire ivoirien.
Sur le plan financier, l’opération, conduite sous le gouvernement d’Alassane Ouattara, représente un investissement de plus de 14 milliards de francs CFA, dont environ 40 % consacrés aux équipements.
Au-delà de son aspect administratif, cette initiative poursuit également un objectif sécuritaire. Pour les autorités, il s’agit de mieux connaître les personnes qui entrent sur le territoire ivoirien et y séjournent, afin de renforcer la sécurité nationale et de lutter plus efficacement contre la criminalité.
Cependant, au fil des années, la question de la carte de séjour devient un sujet sensible, dans un contexte marqué par des tensions politiques, sociales et identitaires.
En 2007, le président Laurent Gbagbo décide finalement de supprimer la carte de séjour par voie d’ordonnance.
Cette décision constitue un geste politique important. Elle s’inscrit dans une volonté d’apaisement et de réconciliation nationale, à une période où la Côte d’Ivoire cherche à surmonter les profondes divisions qui ont contribué à la crise politico-militaire.
Ainsi, de son instauration en 1991 à sa suppression en 2007, la carte de séjour aura marqué une période importante de l’histoire administrative, politique et sociale de la Côte d’Ivoire.
Photo: Émile Constant BOMBET ministre de l’Intérieur de 1990 à 1999.