Alger, Entre Le Passé Et Le Présent

Alger, Entre Le Passé Et Le Présent

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"Alger, entre le passé et le présent", est une collection de photos et vidéos d'Alger, et de tout ce qui y rattache.

Cette page a pour vocation d'être une plaque tournante pour tous les amoureux d’Alger à travers le monde. Pour tous ceux qui aiment Alger, parce qu'ils y sont nés, qu'ils y ont vécu ou qu'ils sont tombés amoureux en passant. Il est neutre et n'est le support d'aucune idéologie ni parti politique quel qu'il soit. Cette page n'est la manifestation d'aucune revendication, ni d'aucun désir de régional

06/10/2023

Alger: rue Didouche Mourad (ex:Michelet), 1975.

28/09/2023

Alger vue d’en haut

27/09/2023

« El Mawlid anabawi »,
« Mouloud » ou « Sidna » en dialecte algérien est la célébration de la naissance de notre prophète Mohammad.
C’est une grande fête populaire qui anime de gaité, de lumières et de chants tout un quartier jusqu’à l’aube.

Les médias lui consacrent beaucoup d’émissions, débats, documents et films notamment le Message en arabe, « El rissala » que tous les musulmans connaissent bien.

La Veille de cet évènement et plus particulièrement en Algérie:
-On récite le Coran (de nombreux concours de chants coraniques sont organisés « Tajwid » et on met l’accent sur la vie de notre prophète.
– Les mosquées sont pleines et les parents saisissent l’occasion pour circoncire leurs garçons.
-La nuit on allume des bougies pour chaque membre de la famille, les mamans mettent du henné à ceux qui le désirent en chantant « Zad anabi wa frahna bih »(le prophète est né et nous en sommes ravis).
-On veille beaucoup, les enfants jouent avec les pét**ds et petits feux d’artifices, ce qui engendrent parfois de graves accidents d’où le besoin d’avoir un adulte auprès des enfants.
Le jour du mouloud Les mamans préparent de la « tamina »(gâteau à base de semoule grillée, miel et beurre) et lancent des youyous dès l’aube.
On mange du couscous ou de la « rachta » (pâte fraîche en sauce blanche) ou bien « rougag » (feuille de semouline très fine arrosée de sauce) ou autres plats comme la fameuse « tchakhtchoukha » de Biskra.

C’est aussi l’occasion pour les nombreuses Zaouïas qui existent dans l’ensemble du pays, d’organiser de grandes tablées dans une immense convivialité.
La convivialité de cette fête rend ce moment très apprécié par la communauté musulmane.

Pour ceux qui ne le savent pas les nombreux clubs algériens de foot se dénommant « Mouloudia » ont été créés au moment du mawlid ou du mouloud.

16/06/2023

Rubrique souvenirs d’Alger « Nost’Alger »
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Contribution de Hamid Ben

JE ME SOUVIENS D'UN LIERRE

Je me souviens d'elle, ma cousine Fatima; jeune fille déjà, alors que nous n'étions encore que de petits garnements qui s'éveillaient à peine à la vie. Cette nuit là était chaude, assis autour d'elle en cercle rapproché dans le patio de la maison familiale. C'était l'été et il faisait chaud, le ciel superbement étoilé ressemblait à un magnifique tapis persan, une lune dorée et pleine se penchait sur nous de derrière les toitures grises en tuile qui se profilaient à contre jour. Le ressac de la mer nous parvenait de loin en loin comme entrecoupé par saccades. Les silhouettes élégantes des minarets se découpaient nettement dans la pénombre bleutée de la nuit. Seules quelques lampes stoïques y brulaient encore juste après la prière du Aicha après que tous les fidèles se soient dispersés chacun rejoignant son domicile.

Elle avait pris l'habitude de nous raconter des contes du terroir durant nos veillées, elle se faisait toujours prier avant de consentir. J'avais compris bien plus t**d que c'était pour elle une façon d’éveiller notre intérêt grandissant à mesure de ses tergiversations simulées.
Dans ses yeux souriants brillait une malice tout aussi enfantine que la notre mais dès qu'elle prononçait les premiers mots de la formule d'ouverture du conte, "Kan yama kane, fi qadim ezamen, lahbeq wa sissen, fiyjar ennabi el adnan, alih slat wa slem" et que l'on pourrait traduire par : " Il était une fois, dans les temps anciens, lys et basilic, sur les genoux du prophète, sur lui prière et salut". C'était tout un monde féerique qui nous happait. Nous étions, les yeux médusés, suspendus à ses lèvres, ses mots susurrés, chuchotés ou criés nous emportaient comme sur autant de vagues douces des fois, déferlantes d'autres fois. Les effluves des belles de nuit nous parvenaient depuis le jardin du voisin d'à côté, le hululement d'une chouette de passage nous faisait tressaillir, et des frissons nous parcouraient l'échine.

Ma cousine aînée, était une conteuse émérite; jeune fille sacrifié sur l'autel de la pensée conservatrice rigoureuse qui prévalait à l'époque et qui n'admettait nullement pour une fille ayant atteint un certain âge de se pavaner dans les rues quand bien même s'eut été pour prendre le chemin de l'école. A peine arrivées à la sixième qu'il était grand temps pour elles de se faire cloîtrer et ainsi d’être préparées à devenir femmes au foyer en attendant l'hypothétique prétendant qui viendrait taper à la porte.

Elle possédait une telle joie de vivre, une telle capacité à faire face à l'adversité d'un quotidien fait de brimades, de privations et de réclusion. Elle faisait de nos jours et de nos veillées un espace de jeux, un éternel carrousel, de contes, devinettes et de découvertes agréables à vivre. Tout en elle était, mine de rien, transgression, son corps, son esprit; Elle était rebelle à toute forme d'oppression, comme ce lierre grimpant dans le patio et qui chercherait perpétuellement à atteindre les rayons chaleureux du soleil...


Hamid Ben

08/06/2023

Rubrique souvenirs d’Alger « Nost’Algerie »

ENSRAF RAML El MAYA

J'avais ce jour-là trop marché, mes pieds me faisaient affreusement mal, je n'en pouvais plus d'avancer. Rue Belcourt, tout près du Hamma dans le bas Alger. L'air était lourd en ce début de mai où le temps jouait à la roulette russe, quatre saisons en une, même la météo semblant s’être emballée comme un moteur fou. La moiteur de l'air à laquelle s'ajoutaient la pollution due à des milliers de véhicules qui sillonnaient sans répit les rues et les artères de la capitale semblaient m'enserrer comme à l’intérieur d’une camisole implacable, ma chemise me collait désagréablement au bas du dos, je suffoquais littéralement. Il m'était de plus en plus difficile' de me frayer un chemin à travers une foule humaine allant dans tous les sens ; je devais impérativement faire une pause, souffler et reprendre des forces.

Enfin un café là où je pouvais enfin me ressourcer, le tenancier, un homme trapu et chauve qui paraissait ne faire plus qu'un avec son vieux comptoir avachi, vestige du temps de la présence coloniale, il trônait en maître absolu sur lieux, il affichait une telle sérénité et une assurance qui en disait long sur son ancienneté dans ce métier, il avait ce franc-parler algérois avec une certaine fantaisie qui caractérise les citadins dits de souche et qui avec fort ostentation le montraient à tout venant.

Des affiches jaunies datant des années cinquante et ventant les mérites des boissons de l’époque ornaient encore les murs noircis du débit de boissons ; un ancien ventilateur aux pales chromées, tentait tant bien que mal de chasser l’air chaud et enfumé de l’établissement.

De la porte vitrée donnant sur la rue animée où je me tenais debout à cause du manque de places assises, j’entrevoyais, se profilant de derrière les branchages touffus et sombres d’un ancestral caroubier, les coupoles avachies du mausolée Sidi Mhammed, ce saint homme protecteur de la ville et qu’on disait « Bouqabrin » ; Littéralement l'homme au deux tombeaux, car disait la légende, ce dévot originaire des Ait Smail de Boghni en Kabylie venu à Alger vers 1730 pour parfaire son enseignement religieux et soufi s'était rendu plus t**d vers les pays du Moyen-Orient pour acquérir l’érudition. Après un long périple initiatique qui le mena jusqu'en Inde, puis au Soudan, disait-on, il était revenu auréolé de la gloire et de titre de saint homme et avait fondé ici même une zaouïa dont l’influence avait dépassé les frontières du pays ;

 sa mort, les Kabyles et les algérois se sont disputés sa sainte dépouille et pour éviter tout conflit entre les deux clans qui allaient en venir aux armes, Dieu lui accorda une dernière faveur, un dernier miracle : son corps se dédoubla et on le retrouva dans les deux tombes ! Ainsi le pire fut évité et les esprits s'apaisèrent.

Mon gobelet en main, debout dehors devant la devanture du café, je sirotais le breuvage tout en méditant l'ancien mausolée qui tombait en ruine, assaillie de végétations envahissantes ; des ronces, des lierres grimpants et des vrilles de vignes. Le mur d'enceinte fait de pierres et de torchis était défoncé à plusieurs endroits. C'était une sorte d'oasis de paix et de sérénité au milieu de tout ce déchaînement effréné de modernité mal assumée et de fièvre consommatrice ; une atmosphère de recueillement perpétuel y régnait. On aurait dit que l'esprit du saint homme hantait toujours ces lieux enveloppés dans son burnous immaculé. Des colombes tournoyaient perpétuellement au-dessus de la coupole puis piquaient par moment pour se poser sur la margelle d'un bassin dans lequel des eaux limpides scintillaient sous les rayons du soleil.

De l'intérieur du café, sur radio Behdja, une radio locale, me parvenaient des airs nostalgiques de musique Andalouse : Un ensraf sur le mode Raml El maya ; lent et langoureux chantant les fastes révolus de l'Andalousie perdue et les brûlures cuisantes de l'absence...


Hamid Ben

03/06/2023

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++ RUBRIQUE SOUVENIRS D'ALGER "NOST'ALGER" ++
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Contribution de Mr. Djamel Khenounou

J'aime Houmti Madame l'afrique , Santodji , BAb el Oued... Je déteste qu'elle ait mal. J'aime sa nature ses ruelles escaliers et impasses. Je déteste qu'on les saccage... Je déteste ceux qui pillent ses ruines Djnane Pacha ,Djnane beit el mal.. Sima fort ..El caserna de Jais , Z'ghara et celle de Saniguél voisine du mausolée de Sidi Bennour ...

Je déteste Ceux qui siphonnent les sous-sol et construisent illicitement des petites maisons de fortune a Djnane la3ma et Djnane Roubaix jusqu'au derniers sapins pour engranger des fortunes... J'aime la jeunesse de Houmti... Je déteste le sort qui lui est fait... J'aime sa fureur de vivre. Je déteste ceux qui la trompent et la méprisent... J'aime le climat particulier de Madame l'Afique mais je déteste qu'il fasse trop froid ou des vents violents qui nous empêche d'aller faire un tour sur l'esplanade de la basilique...

J'aime les rues du village ou je suis né et grandi... J'aime y rencontrer mes amis d'enfance qui deviennent rares et perdus de vue...
Aujourd'hui , Je déteste ce qu'est devenu ce village .. ou j'ai vécu... Je déteste ce fouillis de buildings assis sur des locaux commerciaux mal agencés en face de la moqué de Khaled Ben Walid. Je déteste le visage de ces villages que je ne reconnais plus... Je déteste tout ce béton cubique qui recouvre mon village... J'aime les anciennes boutiques... J'aime quand 3ammi Daoud Lemzabi, qui tient la caisse de l'un d'entre eux m'accueille avec une joie sincère. J'aime que les petits caïds limite voyoux , sont devenus des pères de familles respectables...

J'aime El Adhan... l'appel à la prière.. J'aime les voix des muezzins tel El Hadj Saadi ou Cheikh Batata ,Hadj Bouya Hadj Bisker ,Karfa et Cheikh Abd El hay comme elles étaient belles ces voix... Je déteste ces hautes voix de ces jeunes lâchant de toutes sortes de mots vulgaires et agressifs... J'aime la prière du soir , quand les rues se sont vidées... Je déteste que la vie s'y arrête dès la nuit tombée... J'aime le marché de Bab el Oued. J'aime les bruits qui le parcourent... J'aime la foule qui le traverse... Je déteste y voir un enfant qui vend des légumes. Je déteste voir de nombreux enfants vendre du pain...

J'aime les légumes ... J'aime les poivrons, j'aime les cardes, j'aime les artichauts...j'aime la Sardine aussi. Je déteste qu'elles soient si chères ... Je déteste voir des pauvres gens qui, a la fin de la journée viennent ramasser les oranges et les tomates écrasées. Je déteste ces consommateurs ostentatoire qui jettent l'argent par les fenêtres de leur 4X4 ... J'aime les Algériens qui rêvent d'une Algérie plus juste... J'aime Hassiba, Djamila , Ourida et Saliha Ouatiki qui ont données leurs vies pour leur peuple ... J'aime ceux , qui s'acharnent a convertir des jeunes de leur quartier a leur passion... J'aime celui qui n'a jamais pris la fuite...

J'aime celui qui ne renoncera jamais a son rêve d'une Algérie belle... Je déteste que les jeunes soient obligés de se battre tous les jours contre l'inertie et les forces contraires... J'aime voir que dans ma ville, des enfants de familles modestes jouent au tennis... J'aime apprendre que des élèves d' Ibn Khaldoun, Lalla Khadidja ou du petit séminaire ont remporté des prix.. J'aime les bouquets d'espoir que mes amis distribuent chaque jour par leurs commentaires... J'aime Khalti Dahbiya cocotte minute qui était un bouquet de roses ... J'aime son langage fleuri , son rire , et son humour...(Allo a mon chéri )... Je détestais son âge. Je détestais penser, auprès d'elle, que nul n'est immortel...

Hé ! VOUS qui êtes partis vivre sous d'autres cieux , je sais que vous aimez vos familles...vos villages.. Vous détestez devoir a chaque fois les quitter... Vous détestez la distance qui vous sépare...par moments vous vous disiez .: Je déteste être parti... J'aime croire qu'un jour, je repartirai vivre la-bas. J'aime mon ami qui m'écrivait ce matin qu'on devrait se retrouver plus souvent , comme au temps de nos vingt ans. Que l'on ferait revivre.. J'aime cette invitation, j'aime cette incitation a revenir vieillir auprès de mon enfance... J'aime la terre ou je suis né... J'aime la terre ou les miens sont enterrés... J'aime Notre Dame d'Afrique et ses villages .. j'aime Santodji et ses plages .. J'aime BAb el Oued et ses rivages .. j'aime...l’Algérie. .... Je déteste qu'elle ait mal...

L'ermite

02/06/2023

« Si Alger était un être humain, ce serait cet homme intemporel qui attend le retour de la grâce dans ses vêtements usés,m »

Grand, altier, droit comme un alif avec sa ‘arakia sur sa tête aux yeux songeurs tournés vers l’intérieur, vêtu d’une gandoura en coton couleur de terre mélancolique, la couleur du ciel à Alger quand l’hiver est tendre et pluvieux, ce serait cet homme que l’on surprend au chevet du tombeau brûlé du saint populaire et vénéré, Sidi M’hammed. Le saint aux deux tombes, celle d’ici, à Belcourt, que notre homme veille, et celle de Kabylie qu’il devine.

La légende raconte que le saint homme (1728-1793), mort en Kabylie où il fut enterré, dédoubla sa dépouille pour être également mis en terre à Alger et éviter ainsi la fitna, la guerre des frères. Si Alger était cet homme, elle habiterait ce cimetière grandiose caché derrière de hauts murs en ciment qui longent le temps qui passe, débauche de marbre mouillé après la pluie de cet hiver printanier, et de verdure, les palmiers dominent le silence des morts. Elle marcherait sur les tombes avec ses pantoufles de feutre, sans inquiétude dans ce cimetière plusieurs fois centenaire, les dates creusées dans le marbre des pierres tombales des grandes familles algéroises en témoignent.

Quand je l’ai surpris, il était assis sur le seul meuble de la salle de prière de la mosquée, un haut fauteuil en bois, il lisait, paisible et absorbé, le livre saint que l’on reconnaît à la manière dont il est tenu, les mains inquiètes de ce qu’il va nous révéler sur le monde et sur nous-mêmes mais sereines. Au pied de son siège, de modestes porte-livres en bois naturel pleins de poésie, noircis par la crasse de milliers de doigts fervents. Il veille ainsi chaque jour sur l’esprit du lieu : le tombeau vénéré de Sidi M’hammed qui habite lui aussi la mosquée dans une salle à part, juste derrière le mur.

Cet homme est mélancolique mais pas nostalgique, il attend tel un soufi de percer le sens du mystère qui l’accroche à cette tombe dont il s’est retrouvé le gardien, lui qui autrefois était chauffeur, parcourant les routes pour gagner sa vie. L’âge de la retraite venu avec la calamité, comme il dit, on lui a demandé d’être l’oukil du lieu et il a dit oui, c’est comme un destin qui vous demande l’aumône, on ne lui répond pas que l’on a autre chose à faire, on ouvre la porte et on attend. Lui, assis sur sa chaise, attend, dans une ville où toutes les horloges ne marchent pas, personne ne lui comptera son temps. Chacune indiquant son heure dans l’indifférence du monde qui tourne. Même les plus récentes, comme celle offerte par une multinationale coréenne, en forme de voile de bateau qui surveille le front de mer, ont laissé leur méticuleuse mécanique les abandonner, désormais inutiles, leur chrome gris métallique sera bientôt mangé par l’humidité corrosive qui souffle le long du front de mer, le long du "Boulevard".

Le temps c’est de l’argent, ici le temps n’a que la valeur du plaisir ou de la haine. "Autrefois, se souvient-il, Alger se décline de plus en plus au passé, le tombeau était ouvert à tous ceux qui voulaient le visiter, mais maintenant c’est moi qui ouvre la porte du sanctuaire pour tous ceux qui me sollicitent."

Ghania Mouffok

Alger, Entre Le Passé Et Le Présent "Alger, entre le passé et le présent", est une collection de photos et vidéos d'Alger, et de tout ce qui y rattache.

01/06/2023

Alger : Le café maure

Le récit barbaresque nous a donné l'esquisse d'un rituel, mais non la trame d'un usage social. Qu'en est-il donc de l'accès au café pour l'ensemble des groupes sociaux composant la société d'ancien régime ? Qu'en est-il de la diversité et de l'intensité des pratiques qui lui donnent son style et fondent sa valeur ?

Pour répondre à ces questions, il faudra désormais corréler les derniers récits barbaresques et les premiers récits coloniaux. Le café maure reste, en 1830, un trait typique de la vie citadine. À Alger tout particulièrement, il a marqué la topographie de la ville. Sans doute le trouve-t-on aussi dans la haute ville, niché dans l'épaisseur d'un mur. Mais, à partir du palais du dey et de l'axe Bab Azzoun-Bab el Oued, près de la mosquée cathédrale et du bazar, il occupe un espace aisément repérable, jusqu'à dessiner une circonscription tellement manifeste que Shaler en vient à parler d'un véritable « quartier des cafés », les plus importants étant situés dans la rue qui mène au port.

Le kiosque modifie donc l'anatomie de la ville, en tant qu'élément architectural et esthétique du bâti urbain. Il en modifie également la physiologie, puisqu'il introduit un mode spécifique de présence au centre, favorise une activité d'inclination profane au lieu géométrique de la médina, là où se condensent les déterminations majeures de l'échange social.

Le café est-il devenu à ce point commun que son accès soit égal et indifférencié ? On est tenté de le penser compte tenu du nombre des cafés et du faible prix de la tasse. Au dire des contemporains en effet, celle-ci ne coûterait qu'un sou. C'est précisément ce qui conduit Pierre Boyer à les décrire comme ouverts à tous et desservant partout le même breuvage.

S'agit-il de la boisson, le doute ne paraît pas permis. Encore faut-il ne pas confondre usage général et usage égal. Mais qu'en est-il exactement du lieu ? On ne peut écarter complètement l'hypothèse que la population du café ait pu varier en fonction de la qualité du produit et de son prix. D'ailleurs le caouadji sait doser la tasse en fonction du profil et des moyens du client Ensuite, la valeur d'un sou peut suffire à freiner la consommation des plus pauvres, comme le suggèrent l'expression même de Shaler « grande dépense » et un correctif révélateur de Louis Liskenne : « s'ils en ont les moyens... ». Enfin, dans une société de connaisseurs sensibles aux différences de qualité, on admettra que toute la population ne puisse satisfaire pareillement, chez soi comme au-dehors, le goût pour la qualité supérieure.

Carlier Omar

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