20/10/2026
📸 le rassemblement devant la mairie de Saint-Mexant hier à 18h en photos.
🇨🇵Apres la lecture du communiqué de l'Association des Maires de France (AMF) et le discours de Joëlle Bloyer, maire de Saint-Mexant, un texte écrit par une habitante de Haute-Vienne a été lu devant la trentaine de personnes présentes.
"Mes enfants,
Hier soir, vous m’avez vue brûler.
Mes murs se sont fissurés, mon campanile s’est effondré. Cent quarante-trois ans d’histoire sont partis en fumée sous vos yeux. J’ai entendu vos cris, vu vos larmes.
Mais ne pleurez pas trop longtemps mes pierres. Elles se reconstruiront.
Ce qui m’inquiète, c’est ce qui se brise depuis des années autour de moi : votre confiance, votre espoir, votre sentiment de ne plus être entendus.
Depuis 1883, j’ai accueilli vos familles, partagé vos bonheurs et vos deuils. Je n’ai jamais demandé votre origine, votre religion ou votre fortune. Vous étiez chez vous.
Je suis votre maison. Pas celle d’un parti, d’un président ou d’un gouvernement. La vôtre.
Alors, à ceux qui dénoncent aujourd’hui une « attaque contre la République », j’aimerais poser quelques questions.
Depuis combien de temps n’avez-vous pas écouté ceux qui vivent derrière les façades de vos institutions ?
Savez-vous ce que représente une fin de mois quand travailler ne suffit plus à vivre dignement ? Ce que ressent un parent privé de soins accessibles, un enseignant sans moyens, un jeune qui ne croit plus en son avenir ? Je sais que tous les élus ne sont pas ainsi. Mais ceux qui trahissent leur mandat abîment quelque chose de précieux : la confiance.
La République n’est pas seulement atteinte lorsqu’une mairie est incendiée. Elle s’abîme chaque fois que l’on renonce à la justice, à l’égalité et à la fraternité.
Elle s’abîme lorsqu’un enfant n’a pas les mêmes chances qu’un autre, lorsque le travail ne permet plus de vivre, lorsque le racisme devient un argument politique et lorsque ceux qui détiennent le pouvoir oublient à qui ils doivent rendre des comptes.
Vous qui m’avez brûlée, qu’avez-vous gagné ?
Avez-vous sauvé une école, ouvert un lit d’hôpital, rendu justice aux familles qui souffrent ?
Non. Vous avez détruit un bien commun, une partie de notre mémoire. Et tous devront contribuer à réparer vos actes.
Je comprends la colère. Mais détruire sa propre maison n’est pas obtenir justice.
Pourtant, aucun enfant ne naît avec la haine dans le cœur.
Mes enfants, je suis vieille. J’ai traversé des crises, des épreuves et des promesses.
Je voudrais retrouver le sens de ces trois mots gravés sur tant de bâtiments comme le mien : Liberté, Égalité, Fraternité.
Pas pour les réciter lors des cérémonies. Pour les vivre.
Un jour, vous me reconstruirez. Mais ne vous arrêtez pas à mes murs. Réparez aussi ce qui s’est fissuré entre vous et ceux qui vous gouvernent. Exigez des comptes. Refusez la corruption, les privilèges injustifiés, le racisme et l’indifférence.
Battez-vous pour vos droits sans vous détruire les uns les autres.
Alors non, mes enfants, ne pleurez pas seulement mes pierres. Pleurez, s’il le faut, ce que nous avons laissé devenir notre société. Puis relevez la tête et faites en sorte qu’elle change.
Ne vous contentez pas de reconstruire ma maison. Construisez enfin une République qui prenne soin de tous ses enfants.
Sans exception."
- Texte de Nelly Léger -