Opérations "France Morte".

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Je m’interroge beaucoup sur les nouvelles formes de manifestations à créer pour ne plus être r?

04/04/2026

Battez tambours, sonnez trompettes ! J'ai entendu l'appel du peuple de France. Liberté, égalité, et plus si affinités. À bientôt ! 🇫🇷
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Mise en scène : Yohann Métay
affiche by William Let

20/02/2026

Pour Leïla SHAHID

20/02/2026

Politique
20/02/2026 14:00 Actualisé le 20/02/2026 18:40
Le profil sulfureux d’Aliette Espieux, l’organisatrice de la marche en hommage à Quentin Deranque

Le rassemblement prévu ce samedi à Lyon est organisé par une figure bien connue de l’extrême droite groupusculaire.
Par Romain Herreros

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Aliette Espieux photographiée à l’occasion d’une « Marche pour la Vie » en 2022 à Paris.
RICCARDO MILANI / HANS LUCAS VIA AFP
Aliette Espieux photographiée à l’occasion d’une « Marche pour la Vie » en 2022 à Paris.
EN BREF
• La marche en hommage à Quentin Deranque, prévue le 21 février à Lyon, est organisée par Aliette Espieux, issue de l’extrême droite radicale.
• Militante anti-avortement, elle figurait sur une liste RN aux municipales de 2020 à Lyon.
• La mairie de Lyon craint des débordements samedi.
L’IA au HuffPost
Son identité a interpellé plus d’un observateur, qui plus est dans un contexte où le maire de Lyon, Grégory Doucet, demande l’interdiction de la marche en hommage à Quentin Deranque, tué lors d’un affrontement entre nationalistes et antifas. Parmi les organisateurs de cet événement prévu ce samedi 21 février se trouve Aliette Espieux. Pas encore trentenaire, cette militante anti-avortement est connue pour grenouiller dans tout ce que l’extrême droite produit de plus radical.

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Sur son profil X, le tweet épinglé en accueil annonce la couleur : une diatribe violente contre Simone Veil, accusée par l’intéressée d’avoir « causé le plus grand massacre de l’histoire de France » en permettant la légalisation de l’avortement. « 10 millions d’enfants innocents. C’est la pire des atrocités. Pire que les grandes guerres », ose-t-elle. Sa qualité de porte-parole de l’association Marche pour la vie lui avait d’ailleurs valu un portrait réalisé par Quotidien en janvier 2021, via lequel on apprenait au passage qu’elle avait (aussi) porté les couleurs du RN à Lyon à l’occasion des élections municipales de 2020.

Mariée à un néofasciste mis en examen

Depuis plusieurs jours, Aliette Espieux s’échine à faire la promotion de cette marche dans les médias, en affirmant notamment que tout est fait en bonne intelligence avec les autorités pour permettre un rassemblement qui soit « digne », et non polémique. « L’hommage va peut-être permettre à certaines personnes de manifester leur colère et leur désir de justice », a-t-elle expliqué à franceinfo, alors que la mairie de Lyon craint des débordements, en raison de la volonté affichée par plusieurs groupuscules nationalistes de s’y rendre, de l’Action française au mouvement néofasciste Allobroges Bourgoin, dont faisait partie Quentin Deranque.

Selon Le Monde, la jeune femme évolue aussi dans la galaxie de Pierre-Édouard Stérin, à travers notamment l’association de prières Hozana, financée par le milliardaire, au sein de laquelle elle est alternante en communication. Mais c’est un autre aspect de son profil qui interpelle. Comme le révèle StreetPress, Aliette Espieux est mariée à Eliot Bertin, l’ex-leader néonazi du groupuscule dissous Lyon populaire. Une figure bien connue de l’extrême droite radicale, comme de la rubrique faits divers. À l’hiver 2024, il a été mis en examen pour association de malfaiteurs et placé en détention provisoire, après l’attaque d’une conférence sur la Palestine en novembre 2023.

Le groupe qu’il a fondé, Lyon Populaire, a par ailleurs été dissous pour « apologie de la collaboration avec le nazisme » et provocation « à la haine, à la violence et à la discrimination envers les étrangers ». Pas forcément idéal comme profil pour promouvoir l’apaisement, dans un contexte aussi tendu où plusieurs groupuscules nationalistes révolutionnaires, français comme étrangers, ont annoncé leur participation à l’événement. Celui-ci sera, en partie, financé par une cagnotte relayée par le collectif identitaire Nemesis et dont la destinataire désignée n’est autre qu’Aliette Espieux. À ce jour, un peu plus de 10 000 euros ont été récoltés.

15/12/2025

Prolégomènes, du grec 'prolegomena' (choses dites auparavant). Ce terme savant désigne bien plus qu'une simple préface : c'est l'appareil critique et théorique nécessaire pour fonder une méthode ou aborder un sujet complexe. Souvent employé avec une pointe d'ironie pour qualifier un discours qui s'éternise en précautions oratoires avant d'en venir au fait, il marque une exigence intellectuelle ou une impatience légitime. Utile pour structurer une pensée dense ou abréger élégamment celle des autres. Synonymes : préambule, préliminaires. Abonnez-vous pour enrichir votre vocabulaire quotidien.

12/12/2025

Mediapart
« Israel Files » : l’enquête qui révèle l’ingérence israélienne dans les tribunaux étrangers
L’enquête « Israel Files » menée par Mediapart en collaboration avec huit médias européens dévoile le rôle d’un département spécialement créé par le gouvernement israélien au service de sa guerre juridique devant les tribunaux européens et internationaux.
Yunnes Abzouz, Samia Dechir et Yossi Bartal
12 décembre 2025 à 17h57
12 décembre 2025 à 17h57
QuelleQuelle option reste-t-il à un État parfaitement conscient de piétiner les règles du droit international et bien décidé à garantir son impunité ? Cette question, Israël se l’est posée dès 2009, lorsque Benyamin Nétanyahou amorce son deuxième mandat avec un agenda très clair : amplifier la colonisation des terres palestiniennes et le morcellement de la Cisjordanie afin d’enterrer, à terme, toute perspective de création d’un État palestinien.
Israël craint alors que la bienveillance internationale dont il bénéficie s’amenuise à mesure que sont exposées ses violations des droits humains. Particulièrement, depuis la création de la Cour pénale internationale (CPI) et alors que plusieurs États européens commencent à instruire les plaintes sur le fondement de la compétence universelle – qui permet aux tribunaux étrangers de juger des crimes graves commis à l’étranger – la perspective que des responsables israélien·nes soient arrêté·es à l’étranger devient concrète.
L’enquête menée par Mediapart en collaboration avec le réseau European Investigative Collaborations (EIC) met en lumière les moyens considérables investis par le gouvernement israélien au service de l’impunité de ses dirigeant·es. Une fuite de plus de 2 millions de mails internes au ministère israélien de la justice, échangés entre 2009 et le printemps 2023, dévoile la stratégie tous azimuts de l’État hébreu pour instrumentaliser le droit et mener ce qu’il nomme la « guerre juridique » contre celles et ceux qui tentent de combattre les crimes israéliens devant la justice.
Illustration 1Agrandir l’image : Illustration 1
© Illustration Simon Toupet / Mediapart avec AFP
Un département dédié, celui des « affaires spéciales », est créé en 2010 et placé sous l’autorité d’un ancien juriste militaire autrefois chargé d’élaborer des arguments juridiques pour justifier les exécutions extrajudiciaires de l’armée. Le département a pour mission officielle de « gérer toutes les questions relatives aux procédures judiciaires internationales […] découlant des actions de l’État ».
Empêcher les poursuites pour l’armement
Une partie de ses missions a consisté à évaluer les risques d’arrestation lorsque des responsables militaires ou civils israéliens voyageaient à l’étranger. Dans plusieurs cas, le département des affaires spéciales a obtenu que des personnalités politiques de premier plan, possiblement sous le coup de mandats d’arrêt ou susceptibles d’être interrogées pour crimes de guerre, annulent leur voyage dans des États européens.
Dans un document classifié datant de 2020 et faisant état de ses réalisations, le département des affaires spéciales revendique d’avoir « transformé de manière irrévocable la façon dont Israël gère les défis posés par la “guerre juridique” et […] plusieurs réalisations professionnelles exceptionnelles » telles que « la clôture de dizaines d’affaires pénales et civiles dans le monde entier contre l’État et ses hauts responsables ».
Car, en réalité, l’essentiel du travail du département s’est joué en coulisses : à plusieurs reprises, le département est intervenu pour influencer le cours de procédures pénales engagées devant des juridictions occidentales contre des entreprises fournisseuses de l’armée israélienne ou poursuivies pour leurs activités en Cisjordanie.
En 2018, par exemple, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) est saisie pour se prononcer sur la légalité d’un décret du ministère français de l’économie qui disposait que les produits importés des colonies israéliennes devaient être étiquetés comme tels.
Mesurant le risque qu’une affaire locale mute en jurisprudence européenne, le département spécial s’est activé pour faire pression sur le vigneron israélien Psagot à l’origine de la requête afin qu’il retire sa plainte. « Le simple risque qu’une décision préjudiciable sur des questions clés du droit international soit rendue par la CJUE au moment où Israël tente d’empêcher l’ouverture éventuelle d’une enquête par la Cour pénale internationale sur ce sujet précis est extrêmement préoccupante pour le gouvernement israélien », argumente le département en septembre 2019, deux mois avant que la CJUE ne rende sa décision.
Pressions sur les justices espagnole et hollandaise
Les documents internes au gouvernement israélien montrent également que les ministères de la justice, des affaires étrangères et du commerce sont convenus de solliciter « les pays amis » d’Israël au sein de l’Union européenne pour qu’ils produisent auprès de la CJUE un avis favorable à l’État hébreu.
Ces pressions et tentatives d’ingérence ont été dissimulées, en violation probable de la loi israélienne, et ont permis par exemple d’obtenir le classement sans suite d’une affaire visant l’entreprise néerlandaise Riwal, impliquée dans la construction du mur de séparation en Cisjordanie.
En Espagne, les efforts de lobbying du département des affaires spéciales ont contribué en 2009 au classement sans suite d’une affaire pénale où le ministre de la défense de l’époque, Binyamin Ben-Eliezer, et six officiers supérieurs de l’armée étaient mis en cause pour le meurtre à Gaza de quatorze civils, dont plusieurs enfants et nourrissons.
Le département des affaires spéciales a aussi été très actif pour protéger les soldats binationaux servant dans l’armée israélienne, mobilisant des dizaines de millions d’euros de frais d’avocat – en Espagne, Belgique, Allemagne, France, États-Unis et Afrique du Sud, entre autres.
Travaillant en étroite collaboration avec l’unité militaire chargée de veiller à la conformité avec le droit international, le département a aussi eu pour mission de développer des arguments juridiques pour couvrir les actions de l’armée israélienne.
Dix ans de gagnés à la CPI
Parmi les succès les plus notables revendiqués par le département spécial : avoir fait traîner pendant dix ans l’ouverture d’une enquête de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre commis en territoire palestinien. Après l’opération militaire « Plomb durci » qui a causé la mort de plus de 1 400 Gazaoui·es à l’hiver 2008-2009, l’Autorité palestinienne demande à la CPI d’ouvrir une enquête. En 2015, après que le procureur a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire, Benyamin Nétanyahou autorise « l’ouverture d’un dialogue discret avec le bureau du procureur » pour contester la compétence de la cour.
Le département des affaires spéciales a joué un rôle central dans ce dialogue. Dans ses rapports d’activités annuels, il se targue d’avoir « maintenu une présence constante à La Haye, identifié les centres de pouvoir au sein du bureau du procureur, tissé des liens avec des personnalités clés ». Son directeur Roy Schondorf s’est ainsi rendu au moins deux fois au siège de la CPI en 2015 et 2018, pour rencontrer un membre du bureau du procureur.
Après plusieurs revirements, la CPI finit par ouvrir une enquête en 2021 sur les crimes commis dans les territoires palestiniens depuis 2014. Le département des affaires spéciales n’est pas totalement parvenu à ses fins, mais il estime avoir réussi à gagner un temps précieux. Son lobbying a « largement contribué au fait qu’Israël soit parvenu à ret**der d’une décennie la décision du bureau du procureur d’ouvrir une enquête sur le conflit israélo-palestinien », peut-on lire dans un rapport d’activité confidentiel. Contactée par Mediapart, la CPI n’a pas donné suite à notre demande d’interview.
Je pensais négocier avec un avocat représentant une entreprise néerlandaise, alors qu’en réalité, il était sous le contrôle d’Israël.
Liesbeth Zegveld, avocate
La justice internationale n’a pas été la seule cible du département des affaires spéciales. Celui-ci s’est aussi immiscé dans des procédures judiciaires de plusieurs pays européens. En 2017, une plainte est déposée aux Pays-Bas contre l’entreprise Four Winds, un groupe néerlandais qui fournit des chiens à l’armée israélienne.
En 2014, l’un de ces animaux a attaqué Hamzeh Abu Hashem, un Palestinien âgé de 16 ans, blessé à la jambe et à l’épaule. Son avocate Liesbeth Zegveld réclame une indemnisation, mais demande aussi l’interdiction pour Four Winds d’exporter des chiens vers Israël. Impensable pour les autorités israéliennes, qui vont tout faire pour éviter un procès.
Le ministère israélien de la justice missionne Robbert de Bree, un avocat néerlandais, pour assister l’entreprise, elle-même tenue de garder secrète l’aide apportée par Israël. Lorsqu’il approche Liesbeth Zegveld, Robbert de Bree ne dit pas qu’en plus des intérêts de Four Winds, il défend ceux de l’État israélien.
Depuis le 7-Octobre, qu’est devenu le département des affaires spéciales ?
Les derniers courriels confidentiels sur lesquels s’appuient les « Israel Files » datent du printemps 2023, lorsque Israël était secoué par des manifestations massives dénonçant les attaques sans précédent du gouvernement Nétanyahou contre l’État de droit. La montée en puissance de l’extrême droite suprémaciste et l’intensification de la politique coloniale sont une source récurrente d’inquiétude dans les correspondances.
Le personnel du ministère de la justice ainsi que les avocates et avocats étrangers travaillant pour Israël expriment une détresse manifeste dans les communications internes. Cependant, aucune réflexion n’affleure sur la manière dont leurs propres efforts ont contribué à renforcer les forces politiques qui se retournent désormais contre elles et eux.
Les attaques du 7 octobre 2023 et la guerre génocidaire que l’armée israélienne a ensuite menée à Gaza ont déclenché une vague de procédures judiciaires et ont renforcé le rôle central du département au sein de l’appareil d’État israélien. Parallèlement, le mépris flagrant de l’armée israélienne pour le droit international et l’échec total des cours de justice militaires à poursuivre même les cas les plus évidents de crimes de guerre tranchent avec les recommandations du département avant 2023, jusqu’alors soucieux de donner l’impression à l’extérieur qu’Israël était capable de sanctionner les dérives de son armée.
La direction du département des affaires spéciales continue cependant à défendre vigoureusement la légalité de la conduite d’Israël.
Croyant négocier directement avec l’entreprise néerlandaise, l’avocate du jeune Palestinien accepte de signer un accord : une indemnisation de 20 000 euros contre l’abandon des poursuites. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que la somme n’a pas réellement été payée par Four Winds, mais secrètement versée par le gouvernement israélien. Dans cet accord, il n’est plus question d’interdire à Four Winds de fournir des chiens à l’armée israélienne.
« Je pensais négocier avec un avocat représentant une entreprise néerlandaise, alors qu’en réalité, il était sous le contrôle d’Israël », s’indigne aujourd’hui Liesbeth Zegveld auprès de NRC, notre partenaire néerlandais, membre de l’EIC. Également contacté, Robbert de Bree assure respecter « toutes les obligations légales et éthiques dans [son] travail » et n’avoir « jamais prétendu représenter un client alors qu’il s’agissait en réalité d’un [autre] tiers ».
Interrogé de façon précise par Mediapart et ses partenaires sur tous les éléments abordés dans cette enquête, le ministère de la justice israélien a accusé réception de nos questions, mais n’y a pas donné suite. En Israël, une loi impose le silence aux médias nationaux et leur interdit d’évoquer le contenu de la fuite de données sur laquelle s’appuie cette enquête.
Yunnes Abzouz, Samia Dechir et Yossi Bartal

12/12/2025

« Avoir des humoristes qui sont irrévérencieux, ça fait un bien fou » Adèle Van Reeth. Février 2023.
⚖️

12/12/2025

Par Les dessins de Gros.

05/08/2025

Mediapart .
« Tout bloquer » le 10 septembre ? La gauche cherche la bonne distance

5 août 2025 | Par Mathieu Dejean et Clément Rabu
Les personnalités politiques de gauche observent avec intérêt la date du 10 septembre posée hors de tout cadre traditionnel par les initiateurs du mouvement « Bloquons tout ! ». L’erreur commise au début du mouvement des gilets jaunes, que la gauche avait regardé avec dédain, est dans tous les esprits.

Le 10 septembre 2025, « bloquons tout ! ». Le mot circule sans leader, sans bannière, mais avec une intensité croissante ces dernières semaines. Sur les réseaux sociaux, la date est devenue un hashtag partagé de plus en plus largement, projetant un objectif clair : faire du 10 septembre, le point de départ d’un « arrêt total et illimité du pays ».

Depuis les annonces austéritaires de François Bayrou, le 15 juillet dernier, des dizaines de pages sur Facebook, TikTok, X ont relayé l’appel à ce mouvement rejetant toute étiquette politique qui souhaite « paralyser » la France par une mobilisation citoyenne d’ampleur nationale. Avec un mot d’ordre : « Si le peuple arrête, tout s’arrête. »

Une popularité spontanée, en dehors de tout cadre syndical, qui rappelle la formation des gilets jaunes en 2018. Sept ans plus t**d, dans une rentrée qui s’annonce politiquement mouvementée, les partis et syndicats de gauche observent attentivement ce retour possible d’un mouvement qui dépasserait à nouveau toutes les structures traditionnelles des manifestations.

© Photomontage Mediapart avec l'AFP et captures d'écran
C’est que, il y a sept ans, la perplexité d’une partie des mouvements politiques à l’égard des premiers ronds-points occupés n’avait pas permis aux organisations politiques de gauche de porter avec force ce qui deviendra l’une des plus grosses mobilisations de la décennie.

L’extrême droite en embuscade

La prise de distance s’était notamment justifiée par la présence de l’extrême droite parmi les gilets jaunes, crispant certaines personnalités politiques, réticentes à soutenir les premières actions. « Je ne serai pas le 17 [novembre 2018] dans les blocages parce que je ne me vois pas défiler à l’appel de Minute et avec Marine Le Pen », avait notamment déclaré Clémentine Autain, divisant à l’époque La France insoumise (LFI). Plusieurs syndicats tels que la CGT, Solidaires ou la CFDT avaient aussi justifié leur non-présence lors du 1er acte pour ces mêmes raisons.

En 2025, les enjeux restent les mêmes. À l’origine de l’appel du 10 septembre, le compte TikTok des « Essentiels » est une organisation qui prône « une France souveraine ». Plusieurs autres personnalités et pages liées à la fachosphère et à la mouvance conspirationniste ont aussi relayé l’appel à tout bloquer.

Mais cette fois-ci, l’ensemble de la gauche semble ne pas vouloir rater le train. Peu importe si une partie du milieu réactionnaire s’y immisce. « Évidemment que si nous-mêmes on assigne ce mouvement à l’extrême droite, les gens d’extrême droite vont se dire que c’est leur mouvement. Et les gens de gauche n’iront pas », estime Antoine Léaument, député insoumis.

Le parlementaire élu en Essonne considère que l’avantage de ce type de mouvement tendra à éliminer en réalité les revendications propres à l’extrême droite : « Tout ce qui va avoir tendance à diviser va être laissé de côté. Donc au final, ce qui sera le plus consensuel, ce sont les revendications sociales. »

« Boycott, désobéissance civile et solidarité »

Au Parti socialiste, Philippe Brun porte un regard similaire : « Quand on parle des gilets jaunes aujourd’hui, on ne parle plus d’extrême droite, alors que, de fait, il y avait une très forte structure d’extrême droite à l’origine. Ce qu’on retient c’est le Référendum d’initiative citoyenne (RIC), le rétablissement de l’impôt sur la fortune, etc. Ces mouvements de masse dépassent complètement le cadre d’analyse partisan », soutient le socialiste qui avait lui-même enfilé le gilet fluo en 2018.

Tous deux observent donc avec une certaine bienveillance cette mobilisation annoncée, d’ailleurs loin d'être contradictoire avec les valeurs progressistes. De fait, les premières revendications affichées du 10 septembre s’arc-boutent sur un triptyque « boycott, désobéissance civile et solidarité » assez proche des programmes de gauche alternative.

À travers le blocage total du pays, le mouvement propose par exemple de ne plus acheter dans les grandes surfaces, de retirer son argent des grandes banques, de soutenir les circuits courts, ou encore de créer des caisses de grève et de soutien local. « C'est l’idée que si le peuple cesse de travailler, il est en capacité de tout bloquer. C’est au fondement même du mouvement ouvrier », se réjouit Alexis Corbière, député Les Écologistes qui y voit lui aussi des mots d’ordre « positifs ».

« On ne peut pas signer de chèque en blanc à un mouvement. Ce n’est pas un objet fini, c’est un objet vivant. Mais à chacune et chacun de s’y impliquer pour que la conscientisation qu’il procure aille dans le sens du progrès social », abonde sa collègue Danielle Simonet.

Peu de soutiens officiels

Sur le principe donc, la sympathie pour le mouvement est partagée par l’ensemble de l’échiquier à gauche. Pour autant, à ce stade, peu d’organisations politiques ont officiellement appelé à manifester expressément à cette date. Le 28 juillet, la Coordination étudiante enjoignait « la jeunesse à être dans la rue », le 10 septembre. Le 2 août, c’était autour de Révolution permanente par le biais de son porte-parole Anasse Kazib.

Du côté des syndicats, seules deux fédérations de la CGT (celles des industries chimiques et du commerce et des services) ont pour l’instant appelé à rejoindre la mobilisation le 10 septembre, par la grève.

Si la période estivale ralentit la communication des organisations, la prudence des déclarations officielles de soutien tient aussi à la crainte d’être accusées de « récupération ». Une critique caractéristique de ce genre de mobilisations qui insiste sur son caractère « apolitique » et « apartisan ». « Vous essayez à tout prix de nous mettre une étiquette, mais nous sommes le peuple ! », protestait par exemple il y a quelques jours dans un post Facebook, Anaïs Albertini, ancienne gilet jaune, l’une des premières à avoir relayé l’appel du 10 septembre.

Les personnalités politiques l’ont bien compris. Dans sa dernière note de blog, Jean-Luc Mélenchon affirme « se reconnaître dans les motifs de cette action », mais ajoute directement : « Je n’en dirai pas davantage par respect pour l’indépendance et l’autonomie de ce mouvement qui ne sont pas des inconvénients mais la condition de son succès. »

Il faut qu’on transforme notre université d’été. On va parler de primaire de la gauche, mais c’est anachronique. ll faut axer autour de la mobilisation de la rentrée.

Philippe Brun, député PS
« Ce n’est pas à la France insoumise de donner les mots d’ordre. L’unité de ce type de mouvement, c’est d'abord des revendications communes qui doivent être définies par les participants eux-mêmes, abonde Antoine Léaument. Il y a certains Insoumis qui participent déjà à des discussions, mais clairement, ils n’iront pas avec le drapeau de la France insoumise, le 10. De toute façon, on se ferait jeter. »

Tous sont conscients que la typologie de cette mobilisation, marquée par une critique souvent sévère contre la politique institutionnelle, contraint les organisations traditionnelles à une certaine discrétion : « Parfois rendre service au mouvement, c’est aussi avoir une forme de soutien modeste. Il faut l’accompagner en votant la censure de Bayrou par exemple. Le nourrir, le saluer, mais pas donner l’impression qu’on veut en prendre la direction, sinon on l’affaiblit », conseille aussi Alexis Corbière.

« Si on veut être sûr que ça se plante, il faut que les partis politiques s’en mêlent. Les deux plus grosses mobilisations de ces dernières années - gilets jaunes et réforme des retraites - se sont faites sans nous. Alors laissons faire aussi », renchérit Philippe Brun. Pour le député, le Parti socialiste doit toutefois réellement considérer la symbolique d’un tel mouvement : « Il faut qu’on transforme notre université d’été. On va parler de primaire de la gauche, mais c’est anachronique. ll faut axer autour de la mobilisation de la rentrée. »

Une discrétion bienvenue

Dans sa circonscription de l’Eure, le député voit une « colère profonde » avec le plan d’austérité de Bayrou, la loi Duplomb, et le deal commercial entre Donald Trump et l’Union européenne nourrissant ce sentiment « d’incompétence et de trahison de nos élites ». Un terreau fertile pour la réussite d’un mouvement tel que celui du 10 septembre, estime-t-il. Bien qu’il doute de la date : « C’est un mercredi, les gens travaillent. Les gilets jaunes avaient fonctionné grâce aux mobilisations le samedi. »

Dans le Pas-de-Calais, Cathy Apourceau-Poly, sénatrice communiste, tire le même constat de « colère et de peur » qui légitime, pour elle, cette action. L’élue souhaiterait toutefois qu’il y ait « des responsables à la tête de tout cela, notamment avec les syndicats », afin de mieux être écoutée et « que cette colère se transforme en jacquerie populaire ».

Le 1er septembre, une réunion intersyndicale sera consacrée aux suites à donner aux annonces budgétaires du Premier ministre. C’est aussi à partir de cette date que Force ouvrière a déposé un préavis de grève jusqu’au 30 novembre. Reste à savoir si la convergence des mobilisations sera effective dès le début du mouvement. « On doit veiller à ce que les choses ne s’opposent pas. Et politiquement, c’est aussi l’occasion de parler d’une seule voix. Ce serait un paradoxe que ce “tous ensemble social” ne se traduise pas dans un “tous ensemble politique” », affirme Alexis Corbière, voyant une bonne opportunité pour réunir la gauche.

Pour l’heure, aucune certitude ne se dessine toutefois quant à la réussite du mouvement du 10 septembre, bien que chacun·e prédise une rentrée « éruptive » quoi qu’il arrive. « Le succès de la pétition de la loi Duplomb aura une suite, jure Sébastien Rome, ancien député LFI. On sent qu’il y a un ras-le-bol généralisé. »

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