15/09/2026
[«SIGAN USTEDES SABIENDO QUE, MUCHO MÁS TEMPRANO QUE TARDE, SE ABRIRÁN LAS GRANDES ALAMEDAS POR DONDE PASE EL HOMBRE LIBRE PARA CONSTRUIR UNA SOCIEDAD MEJOR ». 53 ans après le coup d'État au Chili, une commémoration tournée vers l'avenir]
Le 11 septembre reste une date particulière pour tous les Chiliens exilés en Belgique. Il y a 53 ans, Pinochet, avec l'aide des États-Unis, renversait le gouvernement d'unité populaire mené par Salvador Allende. La dictature militaire installée pendant près de 17 ans allait servir à réprimer, assassiner, faire disparaître les opposants politiques et à développer une nouvelle politique économique ; le Chili allait servir de laboratoire au néolibéralisme et aux idées des Chicago Boys. Si le pouvoir fut rendu aux civils en 1990, la structure mise en place allait subsister. Le retour à la démocratie parlementaire bourgeoise allait se faire dans le cadre de la Constitution de Pinochet. De nombreuses luttes ont émaillé le dernier quart de siècle et l'espoir d'une nouvelle constitution après des mois de manifestations presque insurrectionnelles a été battu en brèche lors du référendum de septembre 2022 ouvrant la voie à une désillusion et au retour des nostalgiques du régime de Pinochet. La parenthèse social-démocrate de Gabriel Boric n'y a rien changé. En mars dernier, José Antonio Kast, fils d'un ancien de la Wehrmacht et dont le frère a été dans le gouvernement de Pinochet était élu Président de la République.
Les mesures sont rapides, brutales, sans aucun complexe : il s'agit d'accélérer et d'intensifier l'exploitation des terres et du peuple dans un projet cohérent au profit du capital. Le 1er juin 2026, Kast annonce réformer la loi sur les peuples autochtones supprimant les restrictions relatives à l'utilisation du territoire Mapuche. Les Mapuches ont perdu 95% de leurs terres ancestrales. Sur ces terres volées et de manière générale au Chili se développent des monocultures servant les intérêts des complexes agro-alimentaires. Ces terres deviennent ainsi plus sensibles au risque de feux. Parallèlement le gouvernement a supprimé toute une série de mesures environnementales adoptées sous le gouvernement Boric. Il a également déposé en juillet une résolution pour limiter l'échange de semences traditionnelles et indigènes. C'est un patrimoine génétique mis en danger par un contrôle étatique qui cache une privatisation et l'ouverture aux semences uniques des monopoles de l'agro.
L'enjeu des terres ne s'arrête pas à l'agriculture puisque l'extraction minière se développe, en particulier des terres rares, au profit des monopoles des États-Unis. 36 ans après la fin de la dictature militaire, nous assistons à une nouvelle mise sous tutelle du Chili par une puissance étrangère avec la complicité de la grande bourgeoisie locale. Pour assurer ses desseins, le gouvernement s'appuie sur les outils répressifs mis en place sous Pinochet mais aussi sur l'état d'urgence décrété en 2021 par Sebastián Piñera (et jamais remis en cause par Gabriel Boric) pour museler et réprimer les Mapuches. Comme si c'était insuffisant, Kast veut renforcer cet État policier : il a entre autres la volonté d'instaurer un état d'exception quasi permanent en prétextant une soi-disant menace terroriste. Pour cela, il peut compter sur l'appui des différents gouvernements réactionnaires d'Amérique latine qu'il a accueilli au Chili pour le Forum de Madrid, véritable internationale d'extrême-droite. Avançant avec une infamante impunité dans ses projets, Kast libère des anciens tortionnaires pinochettistes condamnés pour crimes contre l'humanité.
De nombreuses manifestations populaires s'organisent à nouveau au Chili pour s'opposer à la politique antisociale et antipopulaire et au régime autoritaire de Kast.
C'est dans ce contexte que s'est tenue la commémoration annuelle des Chiliens de la région liégeoise qui a pris un nouvel accent cette année. Le temps passe, il y a de nouvelles générations depuis 1973. La mémoire, notamment des camarades disparus de force, des camarades torturés, de l'exil, si elle ne reste que mémoire, risque de s'estomper. C'était l'enjeu de la commémoration de cette année et de toutes les prises de parole : que la mémoire soit tournée vers l'avenir, que la mémoire serve les luttes actuelles. Ainsi depuis quelques années, la cause palestinienne est mise en avant parce que des liens forts unissent les deux peuples : le Chili a connu à la fin du XIXe siècle une des plus grandes immigrations palestiniennes en dehors des pays arabes, mais ils partagent aussi cette souffrance, cette répression, cette négation de leurs droits fondamentaux voire de leur existence.
« Sachez que, bien plus tôt que t**d, s'ouvriront les grandes avenues par lesquelles passera l'homme libre pour bâtir une société meilleure. »
Ces derniers mots d'Allende porteurs d'espoir ont ponctué tout le rassemblement ce 11 septembre 2026 à Romsée. Après le récit des dernières années et les illusions social-démocrates désormais perdues de l'aménagement du système, c'est peut-être là la leçon de cette commémoration : redonner espoir qu'un monde nouveau débarrassé de l'exploitation est non seulement nécessaire mais aussi possible. Et face à l'internationale d'extrême-droite, au révisionnisme, cela passe par l'unité des travailleurs et travailleuses qui doivent s'organiser internationalement.