04/08/2026
🔥 LA DOCTRINE VERTIGINEUSE FACE À LA CANICULE GENEVOISE
Quand la température monte, les contradictions descendent rarement. À Genève, le canton le plus restrictif de Suisse en matière de climatiseurs fixes impose aux habitants de prouver un besoin médical pour en installer un. Pendant ce temps, les bâtiments de l’État multiplient les appareils mobiles aux fenêtres. Ces appareils, correctement installés avec un calfeutrage sérieux qui empêche l’air chaud de revenir, fonctionnent parfaitement et permettent de dormir à 20 degrés. Le réalisme a donc pris le dessus pour les services publics, les hôpitaux et les EMS. Il fait chaud pour tout le monde, pourtant seuls certains ont le droit de se protéger sans devoir justifier d’une vulnérabilité particulière.
La députée verte Angèle-Marie Habiyakare propose alors ses solutions rituelles. Télétravail, horaires avancés, mesures alternatives. Comme si décaler le début de journée d’une heure annulerait la chaleur accumulée dans un trois-pièces non isolé à la Jonction, ou comme si le télétravail était une option pour les soignants, les artisans, les commerçants ou les personnes âgées confinées chez elles. On invoque le milliard énergétique voté, qui avance « pas suffisamment rapidement », tout en refusant d’assouplir immédiatement les règles qui compliquent la vie de ceux qui cherchent simplement à rendre leur logement habitable. On explique que les besoins individuels ne doivent pas supplanter la lutte collective contre le changement climatique. Fort bien. Mais le collectif, c’est aussi l’ensemble des citoyens qui transpirent dans des logements surchauffés pendant que l’État se permet ce qu’il entrave pour les autres.
Et voici la cerise sur le gâteau idéologique. Minergie, ce label vert porté aux nues, subventionné par l’État, présenté comme la solution écologique par excellence pour réduire la consommation énergétique et les émissions de CO₂. Plus de 60 000 bâtiments labellisés en Suisse, construits ou rénovés avec des aides publiques, isolés jusqu’à l’excès pour économiser le chauffage en hiver. Résultat en été : des appartements qui se transforment en fours. Températures quasi constantes de 28 à 29 degrés, ventilation de confort qui ne ramène aucun air frais, isolation qui emprisonne la chaleur. Les habitants, y compris dans des immeubles récents, installent en masse des climatiseurs split ou monoblocs parce qu’ils n’en peuvent plus. L’association Minergie elle-même reconnaît la multiplication des plaintes et envisage de durcir encore les normes, probablement en intégrant des systèmes de refroidissement. Une solution verte conçue pour le confort énergétique qui échoue précisément quand la chaleur devient intenable. On a optimisé pour l’hiver en ignorant l’été, puis on moralise ceux qui doivent ensuite consommer de l’électricité pour survivre dans ces pièges à chaleur labellisés.
Pendant ce temps, la facture d’électricité grimpe. Les politiques portées par les Verts et leurs alliés ont multiplié les subventions aux énergies intermittentes, les contraintes sur la production pilotable et les mécanismes de financement de la transition qui se retrouvent directement dans le prix du kilowattheure. On impose des objectifs ambitieux, on freine ce qui produit de l’électricité stable et abordable, on pousse des labels qui créent des problèmes de surchauffe, puis on s’étonne que se rafraîchir coûte de plus en plus cher. La même idéologie qui complique l’accès à la clim fixe et promeut des bâtiments qui en ont besoin rend en même temps son utilisation plus onéreuse. Le résultat est simple : ceux qui peuvent encore se le permettre le font, les autres n’ont droit qu’aux sermons sur le collectif.
Le discours reste le même : il faudrait penser collectivement, pas individuellement. Pourtant l’État lui-même recourt à la solution individuelle quand il s’agit de ses propres locaux. La preuve du besoin, que la conseillère d’État Delphine Bachmann estime désormais dépassée au vu des épisodes caniculaires récents, continue d’être défendue par ceux qui préfèrent les mesures structurelles à long terme. Ces mesures sont nécessaires, personne ne le nie. Isolation, végétalisation, îlots de fraîcheur, réseaux de froid. Mais elles ne rafraîchissent pas un appartement aujourd’hui. Elles ne protègent pas une personne fragile cette semaine. Elles ne rendent pas égalitaire un système où les employés de l’État travaillent au frais pendant que d’autres doivent produire un certificat médical pour obtenir le droit d’installer une solution fixe, ni un système qui labellise des logements qui deviennent inhabitables dès que le soleil tape.
On parle de responsabilité collective. Très bien. La responsabilité collective consiste aussi à reconnaître que la chaleur n’attend pas les plans climat pour produire ses effets sanitaires. Elle consiste à admettre que Genève applique les règles les plus sévères du pays pendant que ses propres services utilisent librement ce qu’ils rendent difficile aux citoyens. Elle consiste enfin à cesser de présenter comme des solutions innovantes des pistes déjà connues et largement insuffisantes face à l’urgence immédiate, tout en ayant contribué à rendre l’énergie plus chère et en ayant promu des labels verts qui se révèlent être des pièges thermiques. Le palais Eynard peut jouer la carte du courant d’air. Un logement Minergie ordinaire non plus. Et les citoyens non plus.
Les Verts se sont trompés sur le nucléaire, sur la capacité des renouvelables intermittents à assurer la stabilité du réseau à coût maîtrisé, sur les effets secondaires de l’isolation extrême, sur la faisabilité de leurs interdictions et sur la capacité de la population à supporter indéfiniment leurs leçons de morale pendant qu’elle étouffe. Ils se trompent encore aujourd’hui en recyclant les mêmes recettes doctrinales face à une canicule concrète. Il serait temps qu’ils s’arrêtent. Plus personne ne les écoute.
https://www.lemanbleu.ch/fr/Actualites/Geneve/Clim-la-canicule-met-l-Etat-face-a-ses-contradictions.html