03/08/2026
Message de M. MAX KEMKOYE au Président de la République S.E.M M. Mahamat Idriss Deby ITNO
Monsieur le Président de la République, semble-t-il que vous êtes inatteignable, et nous aussi en avions vécu l'expérience. Je ne vous en dirais pas plus. Cependant parfois, il est certes difficile de rencontrer un Chef de l'Etat à cause de son agenda qui ne se désemplit jamais mais, à bien des égards, il en a, toujours du temps, pour ses compatriotes, qu'ils soient citoyens ordinaires, responsables politiques ou d'organisation. Tout bien considéré, ce n'est pas l'objet de mon message.
Aujourd'hui 03 août 2026, mes amis Ahmed BOKORI NIMA, BADONO DAÏGOU, Mahamat DJARA DIGUEÏ, Nasour KOURSAMI et moi, avons 100 jours en prison. Nous sommes en prison pas parce que nous avions commis une faute ou parce que nous étions en conflit avec la loi. Objectivement aucun et jamais. Mais, nous sommes en prison, simplement parce qu'un groupe d'individus ont voulu que nous soyons arrêtés, accusés, jugés et condamnés à cause de leurs intérêts, leurs carences, leurs faiblesses et incapacités à apporter une solution aux problèmes que rencontrent notre pays et nos compatriotes pour lesquels, ils ont bénéficié de votre confiance. Et plusieurs compatriotes sont dans la même situation que nous dans nombre de prisons.
Si notre arrestation puis condamnation judiciaire ignoble et abjecte qui a enlevé tout crédit à notre justice dont notre détention depuis 100 jours aurait pu aider notre pays le Tchad et, surtout aurait, résolu une quelconque crise qu'elle soit de l'accès à l'électricité et l'eau, jugulé la cherté de vie, stabilisé les conflits communautaires, permis de mobiliser à l'international d'immense fonds nécessaires au financement de son développement ou, aurait pu obtenir un meilleur classement et placer notre pays au firmament du point de vue d'image à l'international, nous en serions très contents d'avoir participé de ce fait à ce que le Tchad ait pu être classé meilleur pays en 2026 tant sur le plan des droits de l'homme, sur le plan éducatif, économique que financier ; bref de gouvernance, en l'occurrence du développement socioéconomique. Parce qu'il est dit quelque part que l'amour le plus noble est celui qui donne sa vie pour sauver son prochain. Mais, à l'opposé des faits, nous observons, touchés au cœur, que notre arrestation n'a servi à apporter ni un dividende ni une quelconque plus-value au Tchad dans la mesure où, aujourd'hui sur le plan éducatif, financier et économique dont de la transparence budgétaire, d'Investissement Direct Étranger, gouvernance publique, et du développement humain, somme toute, le Tchad figure parmi les derniers de la classe. En somme, aucun tableau n'est reluisant même au regard du taux de pauvreté.
De plus, une large opinion nationale ne partage pas ce que nous subissons, simplement parce que nous n'avions rien fait et ne ferons absolument rien de mal ou de contraire à la loi qui puisse mettre à mal notre pays et ses institutions. En tant que démocrates et républicains dans l'âme, nous avons voulu tout simplement user d'un moyen constitutionnel dont un mode d'expression admis dans toute démocratie dont la marche pacifique, en suivant les règles édictées par la loi ou les règlements y afférents pour revendiquer le respect des droits, des libertés et de la justice que nous estimons mis à mal auquel cas, cela pourrait déboucher, si nous serions écoutés par le gouvernement, à un dialogue comme ça se fait en politique entre les gens civilisés, hélas !. Puisque déjà huit jours avant, l'on nous a enlevé et kidnappé le 25 avril 2026 sur nos lits, tôt le matin pour certains et dans un siège d'un parti en journée de la même date pour les autres.
Ceci, sur la base d'une plainte datée du 24 avril 2026, c'est-à-dire un jour avant notre arrestation pour des infractions d'attroupement armé, de rébellion, de détention d'armes de guerre, de mouvement
insurrectionnel et d'association des malfaiteurs, que nous avons été arrêtés. Pourtant, ni avant le 24 avril 2026 ni le 24 avril 2026, nous ne sommes jamais attroupés dans la rue ou sur une place publique avec des drines.
A aucun moment, nous nous sommes rebellés contre l'autorité légitime établie ou contre un acte et une loi. Jamais, nous n'avons détenus des armes de guerre. A aucun moment, nous avons constitué et déclenché un mouvement pour nous en prendre aux institutions de la République, à une quelconque autorité ni à un édifice public pour y exercer une quelconque violence de quelle que manière que ce soit.
Et, au grand jamais, avant aujourd'hui ou après ce jour, nous avons été opérés dans un endroit quelconque de notre pays pour nous en prendre aux biens des particuliers, les assassiner pour prendre possession de leurs biens ou nous sommes déjà pris aux intérêts publics pour en être des coupeurs de route, des délinquants en puissance qui s'entendent et planifient des opérations pour s'accaparer des biens ou des intérêts publics pour être poursuivis pour attroupement armé, rébellion, détention d'armes de guerre, mouvement insurrectionnel et association des malfaiteurs.
Mais, sur la base de cette plainte l’on nous a arrêté et nous poursuit sur la base de flagrant délit, c’est-à-dire qu’on nous a arrêté au moment même que nous serions en train de commettre tous ces actes en même temps et que le public tchadien de N'Djamena était là, témoin en train de nous huer. Bref, je passe. Mais je tiens pour lore là-dessus, qu'avant vous, dans toute l'histoire politique du Tchad, qu'elle soit sous des précédent égimes de parti unique, de régime d'exception ou démocratique, jamais, 9 chefs de partis politique d'opposition n'aient été condamnés dont 6 sont en prisons et trois en liberté provisoire pour raison de santé en attendant une ordonnance de prise de corps pour réintégrer la prison. Tout bien réfléchi, est-ce finalement un procès politique pour finir par avoir 9 prisonniers politiques avec les conséquences que l'on sait sur l'image institutionnelle et la gouvernance à l'international ? Si c'est le cas, qu'apporte que le Tchad soit le seul pays au monde qui bat le record en termes de nombre de prisonniers politiques le tout, dans un contexte sécuritaire d'instabilité aux frontières est, nord, ouest voire sud, empreint de banditisme transfrontalier?
Monsieur le Président de la République, en raison des constats des faits et actes observés ces derniers jours qui se sont produits et continuent de se vivre au pays, je voudrais vous adresser ce message suivant en toute fraternité républicaine. Mais avant, je voudrais lever l'équivoque pour éviter tout quiproquo afin qu'on ne vous dise que je n'ai pas droit à la parole parce que je serai un condamné.
Oui, j'avais été condamné à huit ans de prison le 8 mai 2026 pour deux infractions imaginaires notamment mouvement insurrectionnel et association des malfaiteurs. "Adjib" ! Et le 14 mai 2026, nous avons interjeté appel ce, conformément à la procédure. Par voie de conséquence, de par mon statut pénal, je suis un appelant et non un condamné en ce sens que l'appel suspend les effets de la condamnation en attendant que la Cour d'appel en deuxième ressort, sur les droits et les faits ait pu ou pas confirmer ou infirmer cette fameuse condamnation. Ce faisant, de jure et de facto, je suis un détenu qui a tous ses droits. Ceci étant dit, voici mon message :
Monsieur le président de la République, le feu, président de la République, Idriss Deby ITNO, que Dieu ait son âme et qu'il lui accorde un repos dans sa félicité éternelle, a dit : " après moi ça sera le chaos".
De ce fait, depuis cinq ans que vous êtes, d'une façon ou d'une autre à la tête de l'État, c'est-à-dire d'abord comme président de Transition et, depuis plus de deux ans, comme président de la République bientôt à mi-mandat. Et, au vu de ce qui se voit ces derniers temps et se vit tant au niveau de la haute administration d'État dont institutionnel à tous les niveaux qu'au niveau inférieur de l'administration, faisons-en sorte que feu Idriss Deby ITNO n'ait pas raison.
Et, cette lourde responsabilité de nous éviter ce chaos repose malheureusement sur vous et est entre vos mains, vous, son fils. Si les prémices de ce chaos sont déjà là ou en train de s'installer, vous ne serez pas digne de l'héritage d'un homme qui a dirigé le Tchad pendant 30 ans. Qu'importe la manière dont il l'a dirigé, chacun en jugera et l'histoire retiendra ce qui est à retenir. Cependant, il n'y avait eu rien de ce que nous voyons aujourd'hui en ampleur et profondeur sur le fonctionnement de l'État et les enjeux majeurs y relatifs, qui auraient exister avant. Je vous épargne des détails.
Si vous réussissez, vous allez rentrer dans le Panthéon de notre histoire commune. C'est pourquoi, je vous invite et vous exhorte vivement de nous éviter ce chaos, aujourd'hui et maintenant. Il n'y a plus de temps à perdre. Car, la maison est en train de se déstructurer à cause des intérêts personnels de certaines personnes.
Or, vous n'êtes pas là pour les intérêts des personnes, d'un groupe, d'une clique ou d'une camarilla mais ceux de chaque tchadienne et tchadien chaque jour et de tous les Tchadiens tout le temps.
Il vous faut lancer un vaste chantier de gouvernance structurelle maitrisée et contrôlée avec une Administration publique éthique et professionnelle. II vous faut amener les Tchadiens à respecter la loi et, à avoir la crainte du bien commun et de la laïcité, ce liant et ciment de notre République. Il vous faut réconcilier les Tchadiens entre eux et avec les lois et règlements ainsi qu'avec les institutions critiques, facteurs de paix, du vivre ensemble harmonieux, du respect pour soi et du respect d'autrui, de l'unité de la foi en la République. Il vous faut des hommes compétents et intègres, et il y en a quelques-uns un peu partout ici à l'intérieur du pays qu'au sein de la diaspora. Il vous faut des assises sectorielles et nationales républicaines pour une véritable catharsis et le pardon.
Il faut, mais aussi et surtout, une conférence nationale administrative, institutionnelle et budgétaire pour la refondation des assises de l’État, de son fonctionnement efficace et efficient ainsi que de son autorité afin d'amorcer le développement réel jusqu'ici attendu de notre pays. Mais avant d'y arriver à ce faiscea l'action quelque peu nécessaire, il y a un passage non pas obligé mais nécessaire, c'est le suivant.
Certes, vous avez un projet et une vision pour le pays mais si ceux-ci ne peuvent pas rentrer dans une matrice de production palpable et rapide de services sociaux de base attendus ainsi que des solutions législatives équitables, économiques et financières conformes aux attentes urgentes des populations, il vous faut embrayer et activer d'autres leviers à l'effet de produire des extrants requis.
C'est ce qui commande à organiser un colloque national pluridisciplinaire des compétences pour agréger les expertises, analyser les défis, croiser les évaluations afin d'en proposer des solutions adaptées à même de permettre de relever efficacement les défis urgents jusqu'ici insurmontables.
Et tout tchadien, d'où qu'il soit, ne va pas refuser de répondre à cet appel patriotique pour des questions d'intérêt national. Et ça sera ainsi la ummah des savoirs et des savoir-faire pour la Patrie.
Il faut éviter à tout prix d'arriver au niveau de la déliquescence structurelle et systémique d'où de la banalisation des lois, des institutions, de l'autorité de l'Etat et de ceux qui les incarnent. Il y en a, en République, quelque chose de bien plus importante que ni les hommes armés ni les armes ne peuvent l'imposer car, les hommes en armes ne sont craints que pour un moment à cause des armes. Mais ceux-ci ne sont pas respectés à cause des armes. Cette chose, c'est la confiance et le consentement en la légitimité qu'il faut savoir la nourrir et la préserver et non la fragiliser.
Un bon homme politique et un bon dirigeant, en plus de la capacité d'écoute et de la qualité de son entourage, c'est celui qui sait faire de bons choix face aux circonstances politiques, qu'elles soient du moment ou latentes, majeures ou mineures, urgentes, importantes, importantes mais pas urgentes, en faveur de la Nation. Je ne vous demande pas d'instituer et d'instaurer une méta gouvernance mais de faire en sorte que le pays aille mieux et que les Tchadiens se sentent mieux chez eux avec toute cette immense richesse naturelle que Dieu a concédé à notre pays.
Excusez-moi d'être long, car dit-on qu'à un président de la République, il faut tâcher de ne pas être prolixe.
Mais de mon point de vue, bien qu'il soit très occupé, il demeure l'homme qui lit plus que les universitaires.
Puisqu' administrer, gouverner et diriger un pays, un Etat, une République et une Nation se fait chaque heure et chaque jour, non seulement par l'oralité mais beaucoup plus par les écrits ou documents (notes générales, notes de synthèse, rapports, projets et propositions de lois, projets de décrets, etc.). C'est pourquoi, on dit qu'au-delà du pouvoir décrétale, le président de la République est l'homme le plus informé du pays.
Tout en espérant que ce message retienne un bout de votre attention dans vos immenses responsabilités, je vous exhorte comme vous l'aviez dit, d'être le Président de tous les Tchadiens et non celui d'un camp contre l'autre, afin que notre pays soit aussi meilleur comme le pays des autres qui ne sont pas tout aussi meilleurs et plus méritants que nous. Et puisque nous en avions les moyens, les ressources et les capacités, qu'il suffit seulement de les actualiser, les agréger, viabiliser et les gérer efficacement et en toute transparence selon les règles du management public dont l'efficacité et la fiabilité sont vérifiées, testées et confirmées par les sciences de gestion publique, faites-en de sorte cela puisse se réalise.
Si je vous aurais offensé par ce message, je m’en excuse tout en comptant sur votre qualité de croyant pieux qui ne vit pas en ermite mais laisse voir au monde tant son ascèse spirituelle que son comportement de celui qui craint Dieu, Maître Suprême des juges.
Seule la Patrie est notre mère et la République notre espoir.
Très fraternellement et avec toute la déférence d'usage due à votre rang, Max KEMKOYE.