19/10/2026
À l’occasion du rassemblement initié par l’Association des maires de France (AMF), Pierre Yvroud, maire de La Rochette, a pris la parole en soutien aux forces de l’ordre, aux commerçants et aux habitants sinistrés.
"Mesdames et Messieurs, chers collègues élus, chers habitants de La Rochette,
Merci d'être là, ce midi, devant notre mairie.
Nous répondons à l'appel de l'Association des maires de France, comme des milliers de communes partout dans le pays. Nous sommes rassemblés pour dire, calmement mais fermement, notre refus de ce qui s'est passé samedi et qui s’est prolongé dimanche !
Ce jour-là, des mairies ont été envahies et saccagées. Des bâtiments publics ont été incendiés. À Limoges, l'hôtel de ville, qui avait plus d'un siècle d'histoire, a été détruit par les flammes. Des policiers, des gendarmes et des manifestants ont été blessés. Nos pensées vont à tous ceux qui ont souffert, et à nos collègues maires qui voient aujourd'hui leur maison commune en ruines.
Je veux aussi saluer les policiers, les gendarmes et les sapeurs-pompiers. Ils ont fait face, souvent au péril de leur sécurité, avec un courage et un sang-froid admirables. Certains ont été blessés en protégeant nos bâtiments et nos concitoyens. Nous leur devons respect et reconnaissance.
Je pense également aux agents municipaux des communes touchées. Ces mairies saccagées, ce sont leurs lieux de travail, ceux où ils accueillent et servent les habitants chaque jour. Ils ont été choqués, parfois menacés, et ils méritent eux aussi notre soutien.
Et je ne veux pas oublier les commerçants. De très nombreux magasins ont été saccagés et pillés. Derrière chaque vitrine brisée, il y a un artisan, un gérant, une famille, des salariés. Certains ont mis toute une vie à bâtir leur commerce, et le voient détruit en une nuit. Beaucoup se retrouvent aujourd'hui en partie ruinés, car les assurances et l'État ne rembourseront pas tout, loin de là. Eux aussi sont des victimes, et ils méritent notre soutien.
Ici, à La Rochette, nous avons été épargnés par ces violences gratuites. Seules quelques dégradations ont été commises à notre lycée professionnel. Elles sont sans commune mesure avec ce qu'ont vécu d'autres villes, mais elles n'en restent pas moins inacceptables, car un lycée, c'est l'avenir de nos jeunes.
Être épargnés ne nous rend pas indifférents, bien au contraire. Je veux dire toute notre solidarité aux maires, aux élus, aux agents, aux commerçants et aux habitants des communes touchées. Ce qui les a frappés nous concerne tous, car aucune commune n'est à l'abri, et c'est ensemble que nous défendons nos institutions.
Car une mairie, ce n'est pas un bâtiment comme les autres. C'est la maison de tous. C'est là qu'on déclare la naissance d'un enfant, qu'on se marie, qu'on vote, qu'on vient chercher de l'aide quand la vie devient difficile. Elle n'appartient ni au maire ni à un parti : elle appartient aux habitants. S'en prendre à une mairie, c'est s'en prendre à chacun d'entre nous.
Je veux le dire clairement : les inquiétudes face à la vie chère sont réelles. Beaucoup de familles, ici comme ailleurs, ont du mal à boucler les fins de mois. Ces colères ont le droit de s'exprimer, et elles doivent être entendues. Mais rien, absolument rien, ne justifie la violence, les incendies et les pillages. La démocratie offre des moyens de se faire entendre : le débat, la manifestation pacifique, le vote. La violence, elle, ne règle aucun problème. Elle détruit ce qui nous est commun, et ce sont toujours les plus fragiles qui finissent par en payer le prix.
Les maires sont les élus les plus proches de vous. Ils sont là pour écouter, pour agir, pour rassembler. Ils ne doivent jamais devenir des cibles.
Alors aujourd'hui, à La Rochette, nous affirmons ensemble notre attachement à la République, à nos institutions et au dialogue. Nous voulons continuer à vivre ensemble, dans le respect les uns des autres.
Mais soyons lucides. Se rassembler, dire notre solidarité, affirmer notre attachement à la République, c'est nécessaire. Ce n'est pas suffisant. Ce ne sont que des paroles, et les casseurs, eux, s'en moquent. Pire : chaque image de destruction leur fait de la publicité.
Il faut donc des actes. Comme la plupart des maires qui ne se réjouissent pas de ces exactions, bien au contraire, nous attendons de l'État beaucoup plus de fermeté.
Et je le dis aussi : il n'est pas digne que certains responsables politiques voient dans ces exactions une occasion, un tremplin, voire s'en accommodent.
Quand une mairie brûle ou est saccagée, quand des commerces sont pillés et détruits, quand des policiers, des gendarmes ou des pompiers sont blessés, ce n'est jamais une victoire pour personne.
C'est toujours une défaite pour la République.
Il faut faire évoluer nos lois pour que ceux qui saccagent, incendient et pillent soient identifiés, poursuivis et lourdement punis.
S'attaquer à une mairie, c'est s'attaquer à la République : la réponse doit être à la hauteur.
Les maires ne peuvent pas rester seuls en première ligne. Nos paroles d'aujourd'hui doivent maintenant être suivies d'actes.
Je vous remercie.