08/08/2026
L’autre jour, je me suis arrêté devant l’un de nos paysage. Il ressemblait à une nature morte échappée d’un tableau.
Tout semblait frappé d’immobilité. La nature, comme paralysée, avait l’air d’avoir été prise en otage par le soleil. Elle suffoquait sous sa lumière, assoiffée, épuisée par cette chaleur qui pesait sur elle.
Les jaunes et les bruns s’étendaient partout. Les couleurs racontaient l’épuisement du paysage, son stress, sa lente capitulation face au soleil.
Rien ne bougeait.
Pas un souffle, pas un frémissement de feuilles, pas le moindre murmure. Le silence avait recouvert les lieux comme une épaisse étoffe. Seuls quelques insectes, égarés dans cette fournaise, flottaient encore dans l’air, battant des ailes avec une lenteur étrange.
Je regardais cette nature comme on regarde un être vivant arrivé au bout de ses forces. Elle ne criait pas, mais je l’entendais murmurer :
« Je tiens encore debout, mais jusqu’à quand ? »
Le changement climatique ne se racontait plus seulement avec des chiffres, des courbes ou des températures. 𝐈𝐥 𝐬𝐞 𝐥𝐢𝐬𝐚𝐢𝐭 𝐢𝐜𝐢, 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞 𝐩𝐚𝐲𝐬𝐚𝐠𝐞 : dans la terre qui se craquelle, une végétation qui jaunit, une rivière qui s’amenuise, dans le silence inhabituel d’un été trop chaud.
𝐋𝐞 𝐜𝐥𝐢𝐦𝐚𝐭 𝐜𝐡𝐚𝐧𝐠𝐞, 𝐞𝐭 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐥𝐮𝐢, 𝐥𝐞 𝐯𝐢𝐬𝐚𝐠𝐞 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐦𝐚𝐢𝐬𝐨𝐧
𝐐𝐮𝐚𝐧𝐝 𝐥𝐚 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐚̀ 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐮𝐟𝐟𝐥𝐞
Cette question climatique devient directement une question alimentaire.
Notre système agricole a été construit pour un climat relativement stable. Mais que se passe-t-il lorsque les sécheresses, les vagues de chaleur et les événements extrêmes se répètent avant même que les sols et les cultures aient eu le temps de récupérer ?
𝐋’𝐞𝐱𝐜𝐞𝐩𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐚𝐠𝐞̀𝐫𝐞 : 𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐬’𝐢𝐧𝐬𝐭𝐚𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐧𝐨𝐬 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐞𝐬, 𝐧𝐨𝐬 𝐩𝐚𝐲𝐬𝐚𝐠𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐧𝐨𝐬 𝐯𝐢𝐞𝐬.
Les travaux du GIEC et de l’INRAE nous alertent sur la vulnérabilité croissante de nos systèmes alimentaires et agricoles face à ces bouleversements.
À Meaux et dans son agglomération, cette question n’est pas abstraite.
Notre territoire comptait. 𝟕𝟗 𝐞𝐱𝐩𝐥𝐨𝐢𝐭𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐚𝐠𝐫𝐢𝐜𝐨𝐥𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝟏𝟏 𝟒𝟖𝟏 𝐡𝐞𝐜𝐭𝐚𝐫𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐬𝐮𝐫𝐟𝐚𝐜𝐞 𝐚𝐠𝐫𝐢𝐜𝐨𝐥𝐞 𝐮𝐭𝐢𝐥𝐢𝐬𝐞́𝐞 𝐞𝐧 𝟐𝟎𝟐𝟎. Mais le nombre d’exploitations avait diminué de 𝟏𝟕,𝟕 % 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝟐𝟎𝟏𝟎 𝐞𝐭 𝟐𝟎𝟐𝟎.
Dans le même temps, les tensions sur l’eau vont devenir de plus en plus importantes.
Alors, quelles réponses préparons-nous ?
𝐂𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐫𝐨𝐭𝐞́𝐠𝐞𝐫 𝐧𝐨𝐬 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐞𝐬 𝐚𝐠𝐫𝐢𝐜𝐨𝐥𝐞𝐬 ?
𝐂𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐫𝐞́𝐬𝐞𝐫𝐯𝐞𝐫 𝐧𝐨𝐬 𝐬𝐨𝐥𝐬 𝐞𝐭 𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐜𝐚𝐩𝐚𝐜𝐢𝐭𝐞́ 𝐚̀ 𝐫𝐞𝐭𝐞𝐧𝐢𝐫 𝐥’𝐞𝐚𝐮 ?
𝐂𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐚𝐜𝐜𝐨𝐦𝐩𝐚𝐠𝐧𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐚𝐠𝐫𝐢𝐜𝐮𝐥𝐭𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐟𝐚𝐜𝐞 𝐚𝐮𝐱 𝐧𝐨𝐮𝐯𝐞𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐧𝐭𝐞𝐬 𝐜𝐥𝐢𝐦𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬 ?
𝐐𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐩𝐥𝐚𝐜𝐞 𝐝𝐨𝐧𝐧𝐞𝐫 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐝𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐭 𝐚𝐮𝐱 𝐜𝐢𝐫𝐜𝐮𝐢𝐭𝐬 𝐜𝐨𝐮𝐫𝐭𝐬 ?
et surtout, 𝐪𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐯𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐞́𝐠𝐢𝐞 𝐚𝐥𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐯𝐨𝐮𝐥𝐨𝐧𝐬-𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐢𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 ?
Les circuits courts existent déjà : en 2020, 𝟏𝟗 𝐞𝐱𝐩𝐥𝐨𝐢𝐭𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐝𝐮 𝐏𝐚𝐲𝐬 𝐝𝐞 𝐌𝐞𝐚𝐮𝐱, soit 24 % des exploitations recensées, déclaraient en pratiquer. La vente directe concernait 16 exploitations.
Nous ne partons donc pas de zéro.
Mais avons-nous aujourd’hui une stratégie alimentaire territoriale à la hauteur des bouleversements qui se profilent ?
La question de l’eau est tout aussi essentielle.
Fin 2024, la Direction de l’Eau et de l’Assainissement du Pays de Meaux indiquait gérer 𝟏𝟗𝟐 𝐤𝐢𝐥𝐨𝐦𝐞̀𝐭𝐫𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐫𝐞́𝐬𝐞𝐚𝐮 𝐝’𝐞𝐚𝐮 𝐩𝐨𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞 et distribuer 𝟓,𝟖 𝐦𝐢𝐥𝐥𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝐦𝐞̀𝐭𝐫𝐞𝐬 𝐜𝐮𝐛𝐞𝐬 𝐝’𝐞𝐚𝐮.
Derrière ces chiffres, une question devient incontournable :
𝐂𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐠𝐞́𝐫𝐞𝐫 𝐝𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧 𝐮𝐧𝐞 𝐫𝐞𝐬𝐬𝐨𝐮𝐫𝐜𝐞 𝐝𝐨𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐭𝐞𝐧𝐬𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐯𝐨𝐧𝐭 𝐬’𝐚𝐜𝐜𝐫𝐨𝐢̂𝐭𝐫𝐞 ?
Ces questions doivent trouver leur place dans le Plan Climat-Air-Énergie Territorial du Pays de Meaux.
Une politique climatique ne peut pas seulement consister à réduire nos émissions. Elle doit aussi nous préparer à vivre dans le climat qui est déjà en train de s’installer.
𝐋’𝐚𝐝𝐚𝐩𝐭𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐜𝐥𝐢𝐦𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐨𝐢𝐭-𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐧𝐢𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐯𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐚𝐠𝐫𝐢𝐜𝐨𝐥𝐞 𝐞𝐭 𝐚𝐥𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐚̀ 𝐥’𝐞́𝐜𝐡𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐢𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 ?
Nous le pensons.
Et surtout, 𝐪𝐮𝐞𝐥 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐢𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐯𝐨𝐮𝐥𝐨𝐧𝐬-𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐦𝐞𝐭𝐭𝐫𝐞 𝐚𝐮𝐱 𝐠𝐞́𝐧𝐞́𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐪𝐮𝐢 𝐯𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞𝐧𝐭 ?
Parce qu’au fond, protéger notre agriculture, ce n’est pas seulement protéger une activité économique.
𝐂’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐫𝐨𝐭𝐞́𝐠𝐞𝐫 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐜𝐚𝐩𝐚𝐜𝐢𝐭𝐞́ 𝐚̀ 𝐡𝐚𝐛𝐢𝐭𝐞𝐫 𝐝𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐲𝐬𝐚𝐠𝐞𝐬 𝐪𝐮𝐞 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐧𝐚𝐢𝐬𝐬𝐨𝐧𝐬 𝐚𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐝’𝐡𝐮𝐢.
Nous savons ce qui est en jeu.
— 𝑳𝑭𝑰 𝑴𝒆𝒂𝒖𝒙 𝑨𝒈𝒈𝒍𝒐
Les sources et références ayant servi à documenter cette tribune sont disponibles en commentaire.