13/10/2026
📖 Montagney au XXe siècle
Épisode 1 — Le jour où Charles Jourdy se barricada chez lui.
🚪 Ce jour-là, à Montagney, il fallut faire venir l’huissier, le percepteur, les gendarmes… et même les pompiers.
À l’intérieur de sa maison, Charles Jourdy s’était barricadé. Sa porte d’entrée avait été renforcée avec plusieurs stères de bois et, dehors, chacun savait que l’intervention ne serait pas simple.
Le brigadier lança les sommations d’usage :
« Ouvrez ! Au nom de la loi ! »
Pas de réponse.
Puis Charles apparut à une fenêtre, un bidon d’essence à la main, criant qu’il ferait tout sauter plutôt que de se laisser faire. Les pompiers entrèrent alors en action, tandis que les gendarmes tentaient de pénétrer dans la maison. Après plusieurs essais et une résistance particulièrement énergique, ils finirent par parvenir jusqu’à lui et à le maîtriser.
👮 La scène devait être impressionnante, au point que les enfants de l’école voisine pouvaient entendre l’agitation. Une fois conduit à la mairie, Charles aurait même lancé en direction des écoliers :
« Mais venez donc me libérer ! Mais venez donc ! »
Pendant ce temps, les coups et les bruits de l’intervention résonnaient jusque dans les classes.
Mais comment en était-on arrivé là ?
Charles Jourdy vivait avec son frère François. Tous deux étaient célibataires et disposaient d’un certain patrimoine. Charles souffrait cependant de troubles psychiques sérieux, qui lui avaient déjà valu un séjour en établissement spécialisé. Lorsqu’il revenait au village, son comportement pouvait être imprévisible.
🎩 On le voyait parfois parcourir Montagney vêtu d’une vieille capote militaire, apostrophant les personnes qu’il croisait. Il lui arrivait aussi d’entrer dans l’église et d’y prendre la parole à sa manière, sous les regards mêlés de surprise, d’inquiétude ou parfois d’amusement des habitants.
Ses relations avec les autorités n’étaient pas beaucoup plus simples. Charles considérait notamment qu’il ne devait plus payer d’impôts, estimant que son passage en établissement psychiatrique l’en dispensait.
L’administration, elle, n’était évidemment pas du même avis.
💰 Dès lors, le scénario finissait par devenir presque rituel : lettres de rappel, menace de saisie, refus de payer… puis intervention.
Une fois Charles maîtrisé, l’huissier procédait à la saisie de biens destinés à couvrir les sommes dues. Le récit évoque notamment une génisse, vendue ensuite aux enchères pour régler les impôts en re**rd et les intérêts.
Et lorsque tout était terminé, Charles retrouvait sa liberté… jusqu’au prochain épisode.
Au-delà de l’aspect spectaculaire de cette histoire, ce récit nous parle aussi d’un homme fragile, connu de tout le village, et d’une époque où la prise en charge des troubles psychiques n’avait évidemment rien à voir avec celle d’aujourd’hui.
💬 Le nom de Charles Jourdy vous dit-il quelque chose ?
Cette histoire a-t-elle été racontée dans votre famille, ou certains détails vous rappellent-ils d’autres anecdotes du village ?
🕯️ Une pensée pour René Nicolas, auteur de Montagney sus loignon. Merci pour ce remarquable travail de mémoire.