25/05/2026
𝐂𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐒𝐥𝐨𝐛𝐨𝐝𝐚𝐧 𝐌𝐢𝐥𝐨𝐬𝐞𝐯𝐢𝐜, 𝐥𝐞 𝐜𝐫𝐢𝐦𝐢𝐧𝐞𝐥 𝐃𝐨𝐮𝐦𝐛𝐨𝐮𝐲𝐚 𝐬𝐞𝐫𝐚 𝐫𝐚𝐭𝐭𝐫𝐚𝐩𝐞́ 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐬𝐭𝐢𝐜𝐞 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞
Le 5 septembre 2021, Doumbouya promettait la fin des dérives autocratiques. Près de cinq ans plus t**d, le putschiste s'est installé dans un huis clos de terreur, marqué par des disparitions forcées et le verrouillage de l’espace public. Un scénario de fuite en avant qui rappelle, par ses méthodes et son mépris du droit international, les heures les plus sombres des Balkans sous Slobodan Milosevic. Mais l'Histoire a de la mémoire, et la justice internationale aussi.
C’était un dimanche de septembre. Les images avaient fait le tour du monde : un colosse en treillis, béret rouge vissé sur le crâne, drapé dans le drapeau guinéen, promettant de « faire l'amour à la Guinée» et de rendre le pouvoir au peuple. Ce jour-là, le groupement des forces spéciales de Mamadi Doumbouya renversait le régime démocratique d’Alpha Condé. Cinq ans plus t**d, le vernis messianique a totalement craqué. Le « sauveur » s'est mué en despote, troquant le treillis de putschiste pour les costumes cossus de chef d’État, s’étant d’ailleurs présenté à une parodie d'élection présidentielle fin 2025 en violation flagrante de sa propre Charte de la transition.
Derrière le faste des palais nationaux, la Guinée étouffe. Elle vit sous le régime de la botte, verrouillée par la peur. Un sillage autocratique qui offre un parallèle de plus en plus saisissant, tant sur le plan clinique des méthodes que sur celui de la qualification juridique, avec une figure tristement célèbre de la fin du XXe siècle : l’ex-dictateur serbe Slobodan Milosevic.
𝐋𝐞 𝐩𝐞́𝐜𝐡𝐞́ 𝐨𝐫𝐢𝐠𝐢𝐧𝐞𝐥 𝐝𝐮 𝐫𝐞́𝐠𝐢𝐦𝐞 𝐃𝐨𝐮𝐦𝐛𝐨𝐮𝐲𝐚 𝐫𝐞́𝐬𝐢𝐝𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞 𝐬𝐚𝐧𝐠 𝐯𝐞𝐫𝐬𝐞́ 𝐥𝐞 𝐦𝐚𝐭𝐢𝐧 𝐝𝐮 𝟓 𝐬𝐞𝐩𝐭𝐞𝐦𝐛𝐫𝐞 𝟐𝟎𝟐𝟏. 𝐒𝐢 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐧𝐭𝐞 𝐚 𝐥𝐨𝐧𝐠𝐭𝐞𝐦𝐩𝐬 𝐦𝐢𝐧𝐢𝐦𝐢𝐬𝐞́ 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐞𝐫𝐭𝐞𝐬, 𝐥’𝐨𝐦𝐞𝐫𝐭𝐚 𝐥𝐚 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐭𝐨𝐭𝐚𝐥𝐞 𝐫𝐞̀𝐠𝐧𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐬𝐨𝐫𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐝𝐢𝐳𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐥𝐝𝐚𝐭𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐠𝐚𝐫𝐝𝐞 𝐩𝐫𝐞́𝐬𝐢𝐝𝐞𝐧𝐭𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐫𝐞𝐬𝐭𝐞́𝐬 𝐟𝐢𝐝𝐞̀𝐥𝐞𝐬 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐂𝐨𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐜𝐞 𝐣𝐨𝐮𝐫-𝐥𝐚̀. 𝐎𝐮̀ 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐫𝐩𝐬 ? 𝐋𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐟𝐚𝐦𝐢𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞𝐧𝐭 𝐞𝐧𝐜𝐨𝐫𝐞. 𝐋𝐞𝐬 𝐫𝐮𝐦𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐝𝐞 𝐬𝐞́𝐩𝐮𝐥𝐭𝐮𝐫𝐞𝐬 𝐜𝐥𝐚𝐧𝐝𝐞𝐬𝐭𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐜𝐡𝐚𝐫𝐧𝐢𝐞𝐫𝐬 𝐞𝐧𝐟𝐨𝐮𝐢𝐬 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐡𝐚̂𝐭𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐞́𝐫𝐢𝐩𝐡𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐬 𝐦𝐢𝐥𝐢𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐂𝐨𝐧𝐚𝐤𝐫𝐲 𝐨𝐮 𝐚̀ 𝐥’𝐢𝐧𝐭𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐮𝐫 𝐝𝐮 𝐩𝐚𝐲𝐬 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐢𝐬𝐭𝐞𝐧𝐭.
Cette dissimulation méthodique des dépouilles n'est pas une simple anomalie logistique ; elle est une stratégie politique de la terreur. C'est exactement le dispositif que Slobodan Milosevic avait érigé en système dans les années 1990, des forêts de Bosnie aux carrières de Batajnica près de Belgrade, où des centaines de corps de civils albanais du Kosovo avaient été transportés par camions frigorifiques et enterrés en secret pour effacer les preuves du crime.
En droit international, le fait de dissimuler le sort de personnes privées de liberté par des agents de l'État porte un nom précis : la disparition forcée. Un crime continu, codifié par la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, qui ne s'arrête que lorsque la vérité est faite. En refusant de restituer les corps des militaires du 5-Septembre, et en multipliant aujourd'hui les enlèvements secrets d’opposants et de militants de la société civile (à l’instar des leaders du FNDC), la junte guinéenne s'enfonce dans la catégorie des régimes criminels au sens du Statut de Rome.
Le parallèle ne s'arrête pas aux tombes anonymes. Il s’étend à la méthode de gouvernance. Milosevic avait « verrouillé » la Yougoslavie en liquidant ses opposants (comme l'ancien président Ivan Stambolic), en muselant la radio B92 et en instrumentalisant les structures de l’État.
Regardez la Guinée d’aujourd'hui : les principaux médias indépendants ont été suspendus ou asphyxiés, l'accès à Internet est régulièrement restreint, les manifestations sont interdites sous peine de tirs à balles réelles par les forces de défense et de sécurité, et les partis politiques sont harcelés ou radiés sous de fallacieux prétextes administratifs. Le légionnaire Doumbouya s’est construit une bulle de survie où la dissidence est assimilée à une trahison.
Pourtant, le droit international retient une qualification stricte pour cette politique systématique. L’article 7 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI) définit les crimes contre l'humanité comme des actes (meurtres, disparitions forcées, emprisonnements, persécutions) commis « dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique lancée contre une population civile et en connaissance de l'attaque ». Le ciblage méthodique des activistes, des journalistes et de toute voix discordante en Guinée répond parfaitement à cette définition.
𝐂𝐞𝐮𝐱 𝐪𝐮𝐢 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐞𝐢𝐥𝐥𝐞𝐧𝐭 𝐌𝐚𝐦𝐚𝐝𝐢 𝐃𝐨𝐮𝐦𝐛𝐨𝐮𝐲𝐚 𝐚𝐮 𝐩𝐚𝐥𝐚𝐢𝐬 𝐌𝐨𝐡𝐚𝐦𝐦𝐞𝐝-𝐕 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞𝐭𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐞𝐫𝐫𝐞𝐮𝐫 𝐡𝐢𝐬𝐭𝐨𝐫𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐦𝐚𝐣𝐞𝐮𝐫𝐞 : 𝐢𝐥𝐬 𝐜𝐫𝐨𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐚 𝐬𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐚𝐢𝐧𝐞𝐭𝐞́ 𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧 𝐛𝐨𝐮𝐜𝐥𝐢𝐞𝐫 𝐞́𝐭𝐞𝐫𝐧𝐞𝐥. 𝐒𝐥𝐨𝐛𝐨𝐝𝐚𝐧 𝐌𝐢𝐥𝐨𝐬𝐞𝐯𝐢𝐜, 𝐥𝐮𝐢 𝐚𝐮𝐬𝐬𝐢, 𝐬𝐞 𝐩𝐞𝐧𝐬𝐚𝐢𝐭 𝐢𝐧𝐭𝐨𝐮𝐜𝐡𝐚𝐛𝐥𝐞. 𝐈𝐥 𝐝𝐞́𝐟𝐢𝐚𝐢𝐭 𝐥'𝐎𝐓𝐀𝐍, 𝐛𝐚𝐥𝐚𝐲𝐚𝐢𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐫𝐞́𝐬𝐨𝐥𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝐥'𝐎𝐍𝐔 𝐞𝐭 𝐫𝐢𝐜𝐚𝐧𝐚𝐢𝐭 𝐟𝐚𝐜𝐞 𝐚𝐮𝐱 𝐦𝐞𝐧𝐚𝐜𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐣𝐮𝐬𝐭𝐢𝐜𝐞, 𝐜𝐞𝐫𝐭𝐚𝐢𝐧 𝐪𝐮𝐞 𝐬𝐚 𝐦𝐚𝐢̂𝐭𝐫𝐢𝐬𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐚𝐩𝐩𝐚𝐫𝐞𝐢𝐥𝐬 𝐬𝐞́𝐜𝐮𝐫𝐢𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬 𝐥𝐞 𝐩𝐫𝐨𝐭𝐞́𝐠𝐞𝐫𝐚𝐢𝐭 𝐚̀ 𝐣𝐚𝐦𝐚𝐢𝐬. 𝐈𝐥 𝐚 𝐟𝐢𝐧𝐢 𝐬𝐞𝐬 𝐣𝐨𝐮𝐫𝐬 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐞𝐥𝐥𝐮𝐥𝐞 𝐠𝐫𝐢𝐬𝐞 𝐝𝐮 𝐪𝐮𝐚𝐫𝐭𝐢𝐞𝐫 𝐩𝐞́𝐧𝐢𝐭𝐞𝐧𝐭𝐢𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐒𝐜𝐡𝐞𝐯𝐞𝐧𝐢𝐧𝐠𝐞𝐧 𝐚̀ 𝐋𝐚 𝐇𝐚𝐲𝐞, 𝐣𝐮𝐠𝐞́ 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐞 𝐓𝐫𝐢𝐛𝐮𝐧𝐚𝐥 𝐩𝐞́𝐧𝐚𝐥 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥'𝐞𝐱-𝐘𝐨𝐮𝐠𝐨𝐬𝐥𝐚𝐯𝐢𝐞 (𝐓𝐏𝐈𝐘).
La Guinée est un État partie au Statut de Rome. Elle a d’ailleurs montré, de manière spectaculaire, que l'impunité n'était pas une fatalité sur son sol lors du procès historique du massacre du 28 septembre 2009, qui a vu la condamnation de l'ancien dictateur Moussa Dadis Camara pour crimes contre l'humanité en juillet 2024. Le signal envoyé par ce procès (que la junte a ironiquement encouragé pour se donner une stature respectable) se retournera inévitablement contre elle.
Le droit pénal international ne connaît pas de date de péremption pour les crimes contre l'humanité. Le caporal Doumbouya peut bien multiplier les purges au sein de l'armée, s'entourer d’une garde prétorienne ultra-fidèle et cadenasser les urnes, il ne fait qu'alourdir son dossier de procédure. Les réseaux de documentation des ONG, les témoignages des survivants et la mémoire des familles des disparus du 5 septembre 2021 constituent déjà les pièces à conviction de demain.
Slobodan Milosevic a été livré par son propre peuple lorsque le vent de l'Histoire a tourné. Mamadi Doumbouya, prisonnier de sa propre tyrannie, devrait relire les chroniques des tribunaux internationaux. Car au bout de la nuit autocratique, le box des accusés l'attend. Il n'échappera pas à son sort.

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