19/08/2026
Briand-Franklin : changer de cap, mais
sans les habitants ?
La nouvelle municipalité a décidé de rouvrir l’axe Briand-Franklin à la circulation
automobile, à peine huit mois après son aménagement en faveur des piétons, des vélos et des
transports en commun.
Une nouvelle majorité peut naturellement faire des choix différents. Mais peut-elle défaire en
quelques semaines, sans concertation ni véritable évaluation, un projet construit pendant dix-
huit mois avec les habitants ?
Avant sa transformation, plus de 60 réunions, quatre réunions publiques et dix déambulations
avaient été organisées. Habitants, commerçants, associations, usagers : chacun avait pu
s’exprimer.
Où est aujourd’hui cette exigence de dialogue ?
Des habitants se sont constitués en collectif, une pétition a recueilli près de 700 signatures,
des associations ont demandé l’ouverture d’un dialogue constructif avec la municipalité. Sans
résultat à ce jour. Comment le comprendre quand la nouvelle équipe affirme vouloir placer le
dialogue et la concertation au cœur de ses politiques publiques ?
D’autant que Briand-Franklin n’est pas seulement une affaire de circulation.
C’est une question de cadre de vie. Alors que Mulhouse vient de connaître une canicule
exceptionnelle, faut-il vraiment faire revenir près de 10 000 véhicules par jour sur un axe où
leur disparition a amélioré la qualité de l’air et réduit les nuisances ?
C’est une question de tranquillité et de sécurité. Depuis la fermeture à la circulation
automobile, les riverains ont constaté un apaisement du secteur et une diminution des
nuisances et des trafics qui l’affectaient. Quelles garanties leur apporte-t-on aujourd’hui ?
C’est aussi une question de transports publics. Comment prétendre améliorer l’usage des bus
si on les replonge demain dans un trafic automobile dont la suppression avait justement
amélioré leur régularité et leur vitesse ?
C’est enfin une question sociale. La transformation de Briand-Franklin s’inscrivait dans un
projet beaucoup plus large de renouvellement d’un quartier populaire : habitat, commerces,
espaces publics, végétalisation, attractivité résidentielle. Les premiers effets commençaient à
apparaître. Pourquoi ne pas leur laisser le temps de produire pleinement leurs résultats ?
Et que disent les partenaires qui ont engagé des fonds publics dans ce projet — ANRU,
Région, Agence de l’eau, Collectivité européenne d’Alsace ? Ont-ils été consultés avant
l’annonce de ce retour en arrière ?
Au fond, une question résume toutes les autres : pourquoi cette précipitation ?
Nous faisons une proposition simple : attendre une année complète de fonctionnement,
publier une évaluation objective de l’impact du nouvel aménagement sur la qualité de l’air, les
déplacements, les transports en commun, la tranquillité, le commerce et l’habitat, puis
remettre tous ces éléments sur la table avec les habitants avant de décider.
Car une orientation commence à se dessiner : d’un côté, restreindre l’accès des vélos
électriques au centre-ville ; de l’autre, faire revenir les voitures sur Briand-Franklin. Au
moment où les enjeux climatiques devraient nous conduire à accélérer la transition des
mobilités, est-ce vraiment le signal que Mulhouse veut envoyer ?
La majorité municipale peut changer de politique. Les Mulhousiens ont le droit de lui
demander sur quelles données, après quelle évaluation et après quelle concertation.
Et surtout, ils ont le droit d’être entendus avant que la décision soit prise, pas une fois
qu’elle l’est déjà.