08/10/2026
GABON : ET SI LA PÉNURIE ÉTAIT AUSSI LE SYMPTÔME D’UN CHOIX ?
En 2025, lorsque Alain-Claude Bilie-By-Nze expliquait que le Gabon, pays producteur de pétrole, dépendait encore de produits pétroliers raffinés importés et transitant notamment par Lomé, certains préférèrent polémiquer sur le Togo plutôt que répondre à la question de fond.
ACBBN avait alors utilisé une comparaison simple : « La Suisse ne produit pas le cacao, mais la Suisse est producteur mondial de chocolat. »
Tout était dit. Le problème n’était pas de savoir si le Togo produisait du pétrole. Le problème était de comprendre comment un pays qui, à première vue, ne dispose pas de ressources pétrolières comparables à celles du Gabon pouvait occuper une place dans une chaîne commerciale dont nous-mêmes, producteurs de la matière première, restions dépendants.
Le Gabon possède le pétrole.
Le Gabon possède une raffinerie.
Le Gabon exporte du brut.
Mais le Gabon doit encore attendre des bateaux de produits raffinés pour alimenter ses stations-service.
Voilà l’aberration et, aujourd’hui, elle n’est plus théorique.
Lorsque nos stocks deviennent insuffisants, nous rationnons.
Lorsque le bateau tarde, les stations se vident.
Lorsque les stations se vident, les transports ralentissent.
Lorsque le gasoil manque, même la production d’électricité peut être perturbée.
Et derrière l’électricité, c’est jusqu’à l’approvisionnement en eau qui peut être affecté.
Toute une économie pétrolière suspendue à l’arrivée d’un bateau.
Mais la situation actuelle impose désormais une autre question. Le gouvernement nous explique que la pénurie résulte d’une diminution des stocks disponibles chez les marketeurs.
Admettons.
Mais pourquoi ces stocks ont-ils diminué jusqu’à provoquer une pénurie ?
Y a-t-il eu un re**rd de commande ?
Un re**rd de livraison ?
Une insuffisance de financement des importations ?
Une mauvaise anticipation de la consommation ?
Un problème de trésorerie ?
Une difficulté avec les fournisseurs ?
Une défaillance dans la constitution des stocks de sécurité ?
Ou autre chose ?
Ce sont ces réponses que les Gabonais attendent. Parce qu’une pénurie de cette nature ne commence pas le jour où la dernière station-service ferme sa pompe.
Elle commence bien avant, lorsque les stocks diminuent et que les commandes nécessaires pour les reconstituer ne permettent plus d’éviter la rupture.
Et c’est ici que le contexte économique et financier actuel du Gabon oblige à poser une question supplémentaire.
Le pays recherche un nouveau programme avec le FMI. Les discussions sur les finances publiques et la dette se poursuivent. Dans le même temps, le débat sur le coût des subventions pétrolières revient au premier plan.
Alors posons-nous cette question sans accuser qui que ce soit : cette pénurie est-elle seulement accidentelle ? Ou résulte-t-elle de décisions, d’arbitrages financiers, de re**rds ou de choix dont les Gabonais ne connaissent pas encore les véritables raisons ?
Et si certains le jugent impossible, qu’ils publient les éléments permettant de fermer définitivement cette hypothèse.
Quelles étaient les quantités disponibles à la SOGARA et à la SGEPP trente jours avant la pénurie ?
Quel était le niveau des stocks de sécurité ?
À quelle date la prochaine cargaison avait-elle été commandée ?
Quelle était sa date initialement prévue de livraison ?
Y a-t-il eu un re**rd ?
Si oui, pour quelle raison ?
Les fournisseurs avaient-ils été intégralement payés ?
Y a-t-il eu, à un moment quelconque, une difficulté financière ou administrative ayant re**rdé l’approvisionnement ?
Voilà les documents qui permettraient de passer du communiqué à la transparence.
Car il serait extrêmement grave qu’une pénurie touchant directement les Gabonais puisse devenir, volontairement ou non, un instrument permettant de préparer l’opinion à accepter demain une augmentation des prix, une réduction des subventions ou de nouvelles taxes.
Nous ne disons pas que c’est ce qui s’est passé.
Nous disons que le gouvernement doit fournir suffisamment d’informations pour que personne n’ait à se poser la question.
Et c’est d’autant plus nécessaire que le débat sur les subventions a lui-même été marqué par des annonces qui interrogent.
On annonce leur rationalisation, puis leur maintien.
Pendant ce temps, les Gabonais font la queue pour trouver du gasoil.
Alors avant de leur expliquer combien le carburant doit coûter, il faudrait commencer par leur expliquer pourquoi il a manqué.
En 2025, ACBBN posait la question de notre dépendance.
En 2026, la pénurie lui donne une actualité particulière.
Et finalement, peu importe que le produit soit chargé au large de Lomé, qu’il sorte d’une raffinerie européenne, nigériane ou nord-américaine.
La question demeure : comment un pays qui possède le pétrole peut-il dépendre à ce point de ceux qui le raffinent, le négocient, le stockent et le lui ramènent ?
Et aujourd’hui une deuxième question s’ajoute à la première : qui savait que les stocks baissaient, depuis quand le savait-on, et pourquoi a-t-on laissé le pays arriver jusqu’à la pénurie ?
Noel Biloghe Bi-Ndong, President EPG diaspora