04/11/2025
Quand la justice devient une arme politique : la leçon de l’histoire
La vie, dit-on, est le plus grand des professeurs. Elle enseigne à chacun, tôt ou tard, la leçon qu’il mérite. Ce qui se joue aujourd’hui sur la scène internationale devrait inspirer une profonde réflexion à ceux qui, chez nous, croient encore que le pouvoir est éternel et que la justice peut être instrumentalisée à volonté.
L’actualité française nous rappelle une ironie du destin saisissante : Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, se retrouve confronté à la justice de son propre pays. Il découvre, dans la douleur, ce que signifie être jugé, suspecté, observé – et parfois trahi – par le système qu’il a lui-même contribué à ériger.
Un symbole fort, quand on se souvient qu’il fut l’un de ceux qui, en 2011, ont activement participé à l’humiliation et à l’arrestation de Laurent Gbagbo, alors président légitime de la Côte d’Ivoire.
Mais la vie, elle, ne se trompe jamais. Laurent Gbagbo, après des années d’emprisonnement injuste à La Haye, est revenu libre, digne, grandi. Quant à celui qui l’avait condamné par procuration, il découvre aujourd’hui les tourments d’une justice qu’il croyait dominer. La roue tourne — toujours.
Ce parallèle devrait nous interpeller, ici, aux Comores.
Car notre pays vit, lui aussi, un drame politique et moral : l’ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, fondateur du parti Juwa, croupit en prison depuis plusieurs années, privé de liberté, de soins et de droits fondamentaux.
Son seul crime semble être d’avoir incarné une autre vision du pouvoir — celle d’un État juste, équitable, ouvert au dialogue et au partage.
Mais il n’est pas seul à subir cette dérive.
Dr Salami Abdou, figure politique respectée, Bobocha, fervent défenseur de la justice sociale, et bien d’autres encore, ont connu les humiliations des cellules ou les harcèlements d’un pouvoir qui redoute la parole libre.
Et que dire de ces tueries impardonnables, qui ont endeuillé notre nation : le commandant Faysoil, tombé sous les balles alors qu’il servait son pays ; Moutu et Bapalé, dont les vies ont été brutalement arrachées sans qu’aucune vérité n’ait encore été dite ?
Ces noms résonnent comme des blessures ouvertes dans la conscience nationale.
Quand le pouvoir choisit la force plutôt que le droit, le silence plutôt que la vérité, la peur devient sa seule arme de gouvernance.
Mais l’histoire enseigne que nul n’échappe à la justice du temps. Ceux qui enferment finissent un jour par répondre de leurs chaînes ; ceux qui bâillonnent la parole finissent à leur tour dans le silence du mépris populaire.
La justice, quand elle sert un régime, perd son âme. Elle ne juge plus, elle exécute. Elle n’éclaire plus, elle aveugle. Et tôt ou tard, ceux qui l’ont dévoyée en deviennent les victimes.
Les peuples, eux, ont la mémoire longue.
Ils n’oublient ni les humiliations, ni les silences imposés, ni les injustices commises au nom d’une stabilité illusoire.
Un jour viendra où les rôles s’inverseront : ceux qui jugent seront jugés, ceux qu’on a voulu faire taire prendront la parole de l’histoire.
La vraie force d’un homme d’État ne se mesure pas à sa capacité d’éliminer ses opposants, mais à son courage d’écouter, de dialoguer et de pardonner.
Gouverner, ce n’est pas dominer ; c’est servir. Et servir, c’est accepter la contradiction comme la respiration même de la démocratie.
À ceux qui pensent que le pouvoir justifie tout, rappelons cette vérité éternelle :
la justice des hommes peut être manipulée, mais la justice de la vie, elle, ne se trompe jamais.
Seule la lutte libère...

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