01/10/2026
Cinquième article
Zouk Mikaël sous le régime de la Moutassarifiya
D’après un texte d’Antoine Salameh, adapté
Les événements confessionnels de 1860 donnèrent naissance à un nouvel ordre politique et administratif au Liban, connu sous le nom de régime de la Moutassarifiya. Le « Mont-Liban » fut alors placé sous l’autorité d’un moutassarif chrétien.
Selon ce nouveau système administratif, le Mont-Liban fut divisé en sept districts. Ces districts étaient eux-mêmes subdivisés en plusieurs circonscriptions administratives, parmi lesquelles figurait la circonscription de Zouk. Celle-ci regroupait les villages de Jeïta, Haraj, Dbayeh, Zouk Mosbeh, Ram Bdokine, Sehaylé, Aïn Toura et Aïn el-Rihanié. Elle établit son siège principal dans le Vieux Souk, à proximité duquel furent édifiés une prison et un poste de police.
En raison de son statut de centre administratif, la vie politique du village se déplaça progressivement vers le Vieux Souk.
En vertu de l’organisation administrative instaurée par la Moutassarifiya, la circonscription de Zouk constituait un véritable trait d’union entre les habitants et le gouverneur, ainsi qu’entre le siège de la Moutassarifiya, à Baabda, et les citoyens. Ses services étaient chargés de la perception des impôts, de l’entretien des routes et du maintien de l’ordre. Ils exerçaient également des compétences judiciaires et s’occupaient de diverses affaires liées au développement et à l’administration locale : vols, coups et blessures, homicides, atteintes aux propriétés privées, etc.
Dans ce cadre, la circonscription de Zouk s’employa notamment à obtenir de la Moutassarifiya les sommes destinées à indemniser les propriétaires dont les terres furent destinées à construire de nouvelles routes. Elle réglementait également les activités commerciales, tant à l’intérieur du territoire de la Moutassarifiya qu’au-delà de ses frontières, en délivrant des licences de commerce intérieur et extérieur.
Les historiens rapportent qu’au cours de la période de la Moutassarifiya, le village comptait trois écoles maronites, accueillant au total 705 élèves, ainsi qu’une école relevant de la communauté grecque-catholique, qui comptait 305 élèves. Ainsi, près d’un millier d’enfants recevaient leur éducation dans quatre établissements ayant pris Zouk Mikhaël comme centre.
Par ailleurs, les routes atteignirent Zouk sous le régime de la Moutassarifiya, et les habitants de la circonscription de Zouk participèrent activement au financement de leur ouverture et de leur entretien.
Cependant, les Zoukiotes, qui avaient joué un rôle actif dans la révolte de 1858, refusèrent le retour des féodaux à Zouk par le biais du régime de la Moutassarifiya, lequel avait renforcé la position des grandes familles féodales, tant chrétiennes que druzes, en leur confiant des fonctions éminentes dans l’administration locale.
C’est dans ce contexte que naquit, à Zouk, un mouvement populaire connu sous le nom d’Āmiyya, en 1902, à la suite du décès de la fille de l’un des cheikhs — épisode dont le récit complet sera exposé dans le sixième article. Le mouvement prit la forme d’une véritable désobéissance civile et spirituelle.
L’ʿĀmiyya se tourna alors vers le patriarche Hoayek et vers le moutassarif, leur soumettant les revendications suivantes :
1. Que le patriarcat fasse construire des cimetières publics dans le village.
2. Qu’une école soit construite pour les enfants de Zouk.
3. Que l’Église soit libérée de la tutelle des cheikhs.
4. Qu’un directeur de la circonscription de Zouk soit choisi parmi les habitants eux-mêmes.
Le patriarcat maronite répondit favorablement à ces revendications, tandis que le moutassarif promit de donner suite à la quatrième. Les habitants de Zouk renouèrent alors avec le patriarcat maronite et revinrent dans son giron.