02/11/2025
quand le pouvoir s’égare dans la rue. Quand on gouverne, on ne manifeste pas, on agit.
La rue appartient à ceux qui contestent le pouvoir, non à ceux qui l’exercent.
Il y a des moments où l’histoire politique d’un pays vacille, non pas sous le poids de ses ennemis, mais sous le poids de ses propres contradictions.
Le Sénégal traverse aujourd’hui un de ces moments.
Alors que le pays ploie sous les difficultés économiques, que la fièvre de la Vallée du Rift menace la santé publique, et que les familles sénégalaises peinent à joindre les deux bouts, les responsables de la République s’adonnent à un spectacle indigne : ils marchent pour eux-mêmes.
Des ministres de la République, des directeurs généraux d’institutions publiques ou parapubliques, des présidents de commissions administratives, et même des députés, censés représenter la Nation, se comportent désormais comme des militants de rue, appelant à des manifestations politiques là où ils devraient incarner la stabilité, la dignité et la continuité de l’État.
C’est une dérive politique et morale d’une gravité extrême.
Je rappelle qu'entre devoir de réserve et perte de repères:
Être ministre, ce n’est pas être militant.
Un ministre, c’est un serviteur de la République, pas un acteur de théâtre politique.
Il gère des politiques publiques, il prend des décisions, il rend des comptes.
Il n’a pas vocation à battre le pavé pour chanter les louanges du gouvernement dont il fait déjà partie.
Lorsqu’un ministre quitte son bureau pour appeler à marcher,
cela signifie qu’il ne croit plus lui-même en la force de ses actions.
C’est un aveu d’impuissance, une confession publique d’échec.
Car on ne descend pas dans la rue pour applaudir une réussite : on y descend pour combler un vide.
Ces ministres ont une responsabilité morale et symbolique : celle de préserver la crédibilité de l’État.
Mais en se transformant en agitateurs politiques, ils brisent cette ligne sacrée entre le pouvoir d’État et le pouvoir partisan.
Ils oublient qu’un gouvernement, ce n’est pas un groupe de militants au sommet, mais une institution qui incarne la République tout entière.
Quand la gestion publique devient clientélisme, les directeurs généraux d’entreprises et d’agences publiques ne sont pas épargnés.
Eux aussi participent à ce glissement dangereux.
Beaucoup ont mis leurs institutions au service de la propagande politique :
moyens logistiques, véhicules de service, communication interne tout semble mobilisé pour soutenir des causes partisanes.
Or, ces institutions sont financées par l’argent du contribuable.
Elles appartiennent à la Nation, pas à un parti.
Chaque litre de carburant dépensé, chaque minute de travail utilisée à des fins politiques,
est une trahison du mandat public confié par le peuple.
Ce détournement silencieux de la mission de service public, en pleine crise sociale et sanitaire, constitue une faute politique et morale grave.
c'est ça qu'on appelle le symbole d’une République en désordre.
Les présidents de commissions administratives et parlementaires, censés garantir le bon fonctionnement des institutions,
participent eux aussi à cette mascarade.
Leur devoir est de contrôler, de réguler, d’évaluer, pas d’accompagner le gouvernement dans une opération d’autocélébration.
Lorsque ces figures censées défendre la rigueur administrative se muent en partisans,
l’État devient un champ de foire politique.
Les institutions perdent leur sens, et la République perd son autorité.
Peuple abandonné, les représentants transformés en transporteurs de militants.
Pire encore, l’Assemblée nationale, gardienne de la souveraineté populaire,
a vu une partie de ses membres se transformer en organisateurs de cortèges.
Des députés qui devraient siéger, contrôler le gouvernement, défendre les lois,
se sont improvisés transporteurs de militants,
faisant circuler des bus d’une région à l’autre, dans un pays frappé par la maladie, la pauvreté et la fatigue sociale.
Ce spectacle indigne d’une démocratie sérieuse révèle un État en crise d’éthique et de direction.
Mais la responsabilité la plus lourde incombe à Ousmane Sonko, Premier ministre de la République.
Chef du gouvernement, représentant de l’exécutif devant l’Assemblée nationale, il est le coordonnateur de l’action gouvernementale, le gardien de la cohérence de l’État.
Il ne peut pas ignorer, ni tolérer, que ses ministres, directeurs et alliés transforment la République en un mouvement de masse sans cap institutionnel.
Son devoir est de gouverner, pas d’entretenir le désordre.
On ne peut pas à la fois :
annoncer un Plan de redressement économique,
parler d’un Plan Sénégal 2050,
et cautionner des mobilisations politiques dignes d’une opposition.
Ce double discours est un danger pour la crédibilité du gouvernement.
Il mine la confiance des citoyens et expose l’exécutif à un déficit d’autorité.
Quand les membres du gouvernement deviennent des militants,
c’est au Premier ministre de rappeler que la République n’est pas un parti,
et que le pouvoir ne se défend pas dans la rue, mais dans l’action.
Au moment où le pays affronte une crise sanitaire sérieuse,
où la fièvre de la Vallée du Rift inquiète les agriculteurs, les éleveurs et les médecins,
où les familles se débattent face au coût de la vie, ce théâtre politique est un luxe coupable.
Un gouvernement responsable aurait dû concentrer toute son énergie sur la santé publique,
sur la relance économique,
sur la soutien aux ménages.
Mais à la place, le pouvoir se disperse dans la rue, oubliant que le peuple n’a pas besoin de spectacles, mais de solutions.
Ce qui se joue ici dépasse la simple agitation politique :
c’est la crédibilité même de l’État sénégalais qui est en jeu.
Quand les responsables publics abandonnent leurs bureaux pour jouer aux militants,
quand les directeurs utilisent les ressources publiques pour mobiliser,
quand les députés deviennent transporteurs de cortèges,
et quand le Premier ministre ferme les yeux,
alors la République s’affaiblit.
Le peuple sénégalais mérite un État sérieux, discipliné, concentré sur ses priorités.
Un État où le pouvoir gouverne, et où le militantisme reste dans les partis.
le pouvoir ne se manifeste pas, il se démontre.
Et gouverner, c’est servir pas s’agiter.
Monsieur le Président Mr Bougar DIOUF
Union des Panafricanistes Sénégalais UPS