25/10/2026
[À L’ŒUVRE]
Après la fermeture du camp de réfugiés de la Croix-Rouge à Sangatte, près de Calais, en novembre 2002, Bruno Serralongue entame, en 2006, un projet sur la vie des migrants en transit. Depuis 1999, en effet, ce camp abritait des clandestins désireux de passer en Angleterre, mais sa fermeture n’a en rien interrompu le flot de migrants. Des centaines de personnes survivent dans les terrains vagues et les zones boisées aux alentours de la ville, rassemblées dans des abris de fortune confectionnés à partir de bâches et de matériaux de récupération amalgamés à des branchages. Le soir, les clandestins tentent la traversée, montent dans les camions qui embarquent sur les ferries ou dans les trains. Bruno Serralongue fait le choix du hors-champ. Sur les sentiers matinaux du retour, il privilégie la nature environnante, les fleurs bleu mauve des saponaires et ces refuges précaires, comme autant de traces spectrales du passage des migrants. Les clandestins deviennent des « fantômes ». Et, comme le remarque Jacques Rancière, « s’il faut se lever à l’aube, c’est peut-être parce que c’est la bonne heure pour partir à la recherche de migrants qui sont d’abord des invisibles* ».
Crédits photos :
Série Calais ©️ADAGP Paris 2026 / Bruno Serralongue ©️MNHI
Abri #3, décembre 2006, Calais ©️Bruno Serralongue ©️MNHI
Abri #5, avril 2007, Calais ©️Bruno Serralongue ©️MNHI
Abri #7, septembre 2007, Calais ©️Bruno Serralongue ©️MNHI
*Jacques Rancière, « Les fantômes de Calais », in Calais, Témoigner de la « Jungle », 2006-2020, Londres, Heni Publishing, 2022, publié avec le soutien du Frac Île-de- France, du Frac Grand Large – Hauts-de-France et Air de Paris, Romainville.